Une avant goût de Paradis

Dans ce texte, Louis Malle nous fait découvrir les arbres de Saint Jean et aussi les relations entre les arbres et la Bible.



Une avant goût de Paradis
    Prélude
  • J’aurais pu écrire ce livre à Rennes où j’ai vécu plusieurs années. Ma mémoire affaiblie garde des souvenirs de déplacements dans les rues de la capitale bretonne, surtout dans les quartiers neufs périphériques de la ville composés de hautes tours et de quartiers résidentiels. Dans ce qu’on appelait la ZUP, j’ai levé les yeux vers les arbres, étonné de la diversité des essences, écoutant le chant des oiseaux dont on dit qu’ils ont quitté les campagnes polluées pour se réfugier dans les zones urbanisées plus hospitalières. Au milieu d’un peuple rennais que j’avais fait mien, je goûtais les plaisirs du jardin. Un peu celui du Thabor et beaucoup celui des petits jardins particuliers. C’est dans une rue de Rennes que j’ai fait l’heureuse connaissance de la fleur de la Passion, la Passiflore. La ville de Rennes était pour moi un Paradis.
  • Désormais J’habite à Saint-Jean-Le-Thomas, dans la Manche, au bord de la baie du Mont Saint Michel. Les arbres se sont approchés de la mer pour former un théâtre de verdure. La Bible s’y épice de la présence du Mont, la foi chrétienne a gagné des racines et des branches, l’humanité s’est étoffée de nombreuses rencontres et des épisodes que réserve une existence
  • La promenade dans le village de Saint Jean-Le-Thomas est mieux qu’un prétexte pour parler du Paradis. Les lieux-dits, comme le nom l’indique, ont quelque chose à raconter. Les choses vues m’ont fait entrer dans la concordance de la Bible, un outil étonnant pour voyager dans les livres de la Révélation.

Une avant goût de Paradis
  • Le point de départ de la promenade se propose à l’église, fière de ses 1000 ans d’histoire. Elle descend l’avenue Général de Gaulle, parallèlement au Bief du Moulin. Après avoir longé la Vieille Auberge qui abrita Ike Eisenhower, le guide de la Libération de 1944, elle se faufile entre la Villa Saint Louis, la Vieille Maison et son jardin devenu le Jardin public. Les Rouge Gorges sont salués de loin en marchant rue Pierre Le Jaudet et rue Gustave Belloir. La promenade entre alors dans le cœur du village, au pied de la croix du chemin du vieux-château. Au pied du coteau de la falaise, la route, bordée de jardins, conduit à la mer. Le lieu-dit La Cale englobe la place Raymond Poincaré, les espaces de pique-nique, l’ouvrage de protection maritime et la promenade nouvellement inaugurée.
 
  • Saint Jean-le-Tomas, village patrimoine depuis 2006 vous offre un spectacle du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. Il suffit de vous procurer le petit guide à l’Office de Tourisme ou vous laisser guider les jeudis d’été pour entrer dans le charme de notre petit Nice de la Manche.  La promenade proposée ne couvre pas tout le village. Elle appelle d’autres pérégrinations et d’autres histoires.


Une avant goût de Paradis

Saint Jean-le-Thomas et le Paradis

  • Lorsqu’ils se jettent dans le Grand Chemin vers St Jacques de Compostelle, les chemins montois suivent la Voie lactée et sa poussière d’étoiles, si lumineuses dans un ciel de 14 juillet, lavé par de belles dépressions et essoré aux vents du nord. Le village de Saint Jean a son chemin montois. Son histoire s’abreuve à celle du Mont Saint Michel, au bord du chemin, du Grand Chemin, Chemin du Paradis, voie des pèlerins, grande procession inorganisée vers les images de la Maison céleste et de ses délices.
  • Les passants de l’ère culturelle ne croyaient plus au Paradis. Quelques uns, de moins en moins nombreux, connaissaient encore le mot et ses parfums de bonheur, qu’ils avaient qualifiés depuis longtemps d’illusoires. Les croyants, eux, si attachés au présent, tellement désillusionnés par les promesses humaines non tenues, lassés des prières abandonnées au pied d’un mur de silence, n’osaient même plus mettre sur leurs lèvres le vieux cantique de leur enfance et son air mélancolique venu des ciels tourmentés de Bretagne : « j’irai au Paradis, Jésus nous l’a promis. ». Certains fredonnaient avec désinvolture « Nous irons tous au Paradis », d’autres se rappelaient la chanson impertinente de Gilbert Bécaud : « Charlie, t’iras pas au Paradis » et chantaient avec le sourire « Le Paradis, moi je m’en fous », préférant de beaucoup les saveurs des désirs aux restrictions moralisatrices. Le remède anti-amnésique des chrétiens, administré à chaque eucharistie « Seigneur Jésus, Tu reviendras, nous t’attendons » avait-il perdu de son efficacité ?
 
  • Et pourtant ! ce Paradis, le Paradis chrétien, quel héritage, quelle vision  ! Le travail du cessonnais historien, Jean Delumeau, a fait date. Ses études sur l’Enfer, le Paradis, le Purgatoire et le sentiment de sécurité, permettent de revenir sur nos pas avec sérénité et intelligence. « Rassurer et Protéger » est un monument, plus encore un vestibule pour entrer dans la compréhension aimante de notre culture. Le dernier ouvrage de Jean Delumeau, lui, est en forme interrogative « Que reste-t-il du Paradis ? » Le retable de l’Agneau mystique des frères Van Eyck, offert en prime avec le livre, est pourtant mieux qu’une interrogation. L’œuvre de 1432 s’offre comme un acte de foi empreint de certitude sereine, un regard étonnant sur le Paradis et donc sur les réalités humaines. Il sera le guide de la flânerie à Saint Jean. Un autre breton sera souvent appelé dans la promenade : Xavier Grall. Dans les soirs purifiés de septembre, un saint-jeannais devine, à l’horizon, les clartés de la cité malouine où le poète breton a passé son adolescence. L’auteur de « Solo » est un visionnaire précieux sur les chemins de l’Avenir.
Promesse
  • Qu’est-ce que le Paradis ? La projection en Dieu de ce que nous voyons, entendons, sentons, palpons dans le présent ? La mise en images de désirs suscités par la Parole de Dieu ? Ces définitions seraient satisfaisantes pour la raison, peu pour le cœur. La Bible préfère de beaucoup présenter le Paradis comme une Promesse.
  • Le beau mot de la langue biblique « Promesse » ouvre les portes et les fenêtres d’une existence sur un avenir. Ce n’est pas vrai qu’un être humain puisse s’enfermer dans le présent.
  • La valorisation de l’aujourd’hui, l’exaltation du maintenant pourraient même se pervertir en « tout, tout de suite », s’ils ne s’alimentaient à la Promesse. L’acceptation de l’inachevé, l’abandon à la grâce, l’attente d’un innommable, sont des composantes vitales de l’acte de foi et d’une dignité humaine.

Une avant goût de Paradis
  • Or la promesse biblique n’a rien d’abstrait. Tout au long des soixante treize livres de la Bible, court un savoureux étalage de ce qui peut émouvoir l’homme et la femme qui ont cru à la Promesse. Et comment les hommes et les femmes pourraient- ils être touchés par la Promesse divine, si le mot promesse n’évoquait rien dans leur quotidien ?
  • On n’imaginerait pas un enfant incapable de faire une promesse ou de donner sa confiance à une promesse qui lui est faite. On imaginerait encore moins un couple d’amoureux n’échangeant point de promesses. Les dépits n’y changent rien, les tromperies et les trahisons, non plus ; le jeu des promesses se répète à chaque génération et chaque matin, puisqu’une aurore est en soi une promesse.

Les représentations du Paradis

 
  • Un courant traverse la théologie et la spiritualité de l’Eglise : épurer la béatitude éternelle. A la manière des peintres dont l’évolution spirituelle et artistique conduirait à exposer des toiles pratiquement blanches, l’épure du Paradis peut aller jusqu’à le rendre abstrait. Cela fait penser un peu au Nirvana des bouddhistes. L’austérité et la spiritualité de l’Etre n’ont pourtant jamais contrarié un autre courant spirituel, aussi puissant dans l’histoire de l’Eglise, plus proche du paradis des musulmans, qui cherche à décrire le bonheur promis par Dieu, un bonheur réel qui parle aux sens. Swedenborg imagine les anges partagés entre les deux sexes, perpétuant ainsi la jouissance sexuelle jusque là-haut.
  • D’autres voient les élus dans une incessante activité matérielle qui les comble. D’autres mettent en lumière promise une université où l’on ne cesse d’apprendre dans la joie. Le Paradis serait alors une vaste bibliothèque couvrant la totalité du savoir. Aujourd’hui, les tentatives d’esquisses de l’au-delà penchent plutôt vers les retrouvailles, la convivialité, les liens tissés en famille, dans les associations, ou encore ; le Paradis du 21ème siècle tend vers les représentations d’une communication. Quel que soit l’accent donné, on ne pourra pas parler de la béatitude éternelle sans toucher un mot de nos petits et grands bonheurs terrestres. Ceux-ci ne conduisent pas nécessairement à l’accueil de la Promesse ; ils ne sont pas non plus les obstacles définitifs.

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Le Royaume de Dieu : un autre nom du Paradis
C’est quoi, le Royaume de Dieu ? « Le Royaume de Dieu est semblable à » … répètent souvent les évangiles.
L’expression Royaume de Dieu, Royaume des cieux est belle. Elle a toutes les saveurs du bien-être. Dans les évangiles, elle désigne le monde Jésus, ce qu’il promet, ce qu’il fait advenir, ce qu’il est et ce qu’il fait. Par avance, c’est le Paradis. 
 
Quand le Royaume est un monde de mots, et les mots comptent autant (presque autant ?) que le faire, Jésus parle en paraboles, le genre littéraire du Royaume. Ils sont imperméables aux paraboles, ceux qui ne vivent pas en communion avec la nature. Mieux qu’un chemin conduisant aux réalités de Dieu, les arbres et les oiseaux, les fleurs, la mer, l’eau des rus et la pierre sont la langue de l’Evangile, la langue du ciel. Dieu parle nature. Aucune théologie ne peut se faire en dehors de cette langue.
Mais il ne suffit pas de savoir la langue pour connaître le Royaume. Il faut encore renaître d’eau et d’esprit, dit l’évangéliste Jean, maître spirituel. Et cela n’est pas « inné ». Renaître exige de se faire élaguer, émonder. Les mains vertes le disent : on n’élague jamais assez. Plus radicalement même, renaître impose de devenir tout, tout-petit. Bernadette Soubirou et Thérèse de Lisieux, les docteurs de l’Eglise de ce temps, seront nos maîtres.
 
Le retable, les croix, des maquettes du paradis? les retables avaient l'ambition de mettre sous les yeux du peuple l'esquisse du ciel. Au centre, l'Agneau reposant sur le livre scéllé, les saints de chaque côté.
La croix du chemin du Vieux Château, croix romane sur ce qui fut le chemin montois, est la plus ancienne croix de Saint Jean. Celle qui porte le nom de " Croix de pierre", ( à l'entrée de St jean en venant de Sartilly, serait du 17° siècle. la plus connue, la croix des dunes, à Pignochet fut bénite en 1929, après la mort d'un enfant victime d'un éboulement de sable.
 
La croix est par excellence l’arbre du Nouveau Jardin d’Eden. Alors, au Paradis, à l’ombre de la croix, les maisons de Saint Jean parleront des histoires que les vivants n’auront pas connues. S’ils les connaissaient, ils ne les auraient pas goûtées, fascinés qu’ils étaient par les réussites et les échecs du temps présent, leur jugement faussé par les apparences, les critères à la mode, ou trop préoccupés d’eux-mêmes...
 
Le Paradis sera une fête où se raconteront de belles et fantastiques histoires de saluts par milliards. vieux calvaire du chemin du vieux château, arbre de granit dressé sur son petit Golgotha, dément tous les jugements définitifs prononcés allègrement au quotidien dans un village : « Celui-là, il est foutu », « Il n’y a rien de bon à en tirer », « A quoi bon se mettre en quatre ! », « Sale type ! », « Il ne m’y reprendra pas » « C’est de la mauvaise graine ». On verra, accrochées à l’arbre de vie, des grappes de fruits succulents, pareils aux prunes de St Jean, lorsque leur surabondance faisait saliver des deux côtés de la Manche.

Une avant goût de Paradis
  • Sagesse de l'arbre
Faut-il planter des essences d'arbres à croissance rapide pour une jouissance proche? Ou bien faut-il choisir des arbres qui deviendront grands, sans nous?Nos arbres généalogiques nous rappellent que les chênes majestueux et les hêtres de nos futaies ont été plantés par des gens qui ont rejoint depuis longtemps le paradis des chênes chers à Brassens. Ceux-là ont vu loin, à la manière des pèlerins, plus loin que leurs intérêts immédiats. Dans les parcs publics et privés, les forêts et nos jardins, nous avons hérité de leur sagesse. Nos héritiers pourront-ils louer également notre sens de l’investissement à long terme ?
 
A cette étape de la flânerie, l’omniprésence de l’arbre, tant dans le village que dans la Bible, conduit à fredonner avec Brassens le bonheur précaire, les regrets et l’attachement aux compagnons indispensables que sont tous les arbres :
 
Auprès de mon arbre, je vivais heureux
 
« J’ai plaqué mon chêne comme un saligaud
mon copain le chêne, mon alter ego
On était du même bois,
Un peu rustique, un peu brut,
Dont on fait n’importe quoi,
Sauf naturellement des flûtes
 
J’ai maint’nant des frênes,
Des arbres de Judée,
Tous de bonne graine, de haute futaie,
Mais toi, tu manques à l’appel
Ma vieille branche de campagne
Mon seul arbre de Noël
Mon mât de cocagne
 
Brassens
L'arbre de la BIble - L’arbre des commencements
 
Il est planté au cœur du jardin de l’Eden. Avec l’arbre, s’humanisent le désir, la du Bien et du Mal et les interdits protecteurs. Autour de lui, le couple se forme, se question déchire et reprend son histoire. La relation de l’homme à Dieu se joue, se risque, tout près de l’arbre. Il est dès le départ un signe de salut.
 
L’évangéliste Jean se souviendra de cet arbre des commencements, en achevant le récit de la Passion de Jésus dans un jardin. « A l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et dans ce jardin un tombeau tout neuf. » Jn 19,42 . Jean identifie l’arbre de la croix et l’arbre de l’Eden. Le récit johannique a inspiré toute la tradition chrétienne qui se plaît à parler de la croix de Jésus comme arbre de vie du Paradis.
 
Heureux comme un arbre
 
Le peuple de la Bible a parcouru les grandes étendues sans arbres, il a traversé le désert où l’on aspire à retrouver des frondaisons au bord de torrents ainsi que de grands cèdres. Il a connu l’exil où les arbres ne servent qu’à accrocher les harpes parce qu’on n’a pas le goût de chanter sur une terre étrangère. Alors le psaume 1 fait chanter depuis des siècles et pour très longtemps encore : « L’homme heureux est comme un arbre planté près d’un cours d’eau. » Ps 1
 
 

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     L’arbre de Jessé
« Un rameau sortira de la souche de Jessé ». La vision du prophète Isaïe (Is 11,1) a inspiré les artistes. Aussi les « arbres de Jessé » sont particulièrement nombreux dans l’iconographie chrétienne. Celui du vitrail de l’église Notre-Dame-du-Touchet en est un bel exemple. Il met en image le profond enracinement de Jésus dans le peuple de la Bible. Il symbolise surtout les rudes périodes de l’histoire d’un peuple. Quand celui-ci semble réduit à une souche sans vie, c’est la divine surprise de voir apparaître sur le vieux vestige mort, une branchette et des bourgeons improbables qui donneront un arbre magnifique, bénédiction de Dieu, des hommes et des oiseaux.
 
         L’arbre de Jonas
Le messager d’espoir dépêché par Dieu dans l’aridité de la mission n’est ni un séquoia, ni un beau sapin ni un baobab, tout juste une misérable plante de ricin que Dieu envoie à Jonas, comme donneur d’ombre, pour adoucir les aigreurs du prophète râleur. Avec l’arbre minuscule de Jonas, tous les arbres, du plus petit jusqu’au plus grand, inscrivent le mot miséricorde dans la nature. A la dureté implacable du soleil, répond l’ombre des arbres et leur pitié. Grâce au plus petit d’entre eux, on peut dire que Dieu est comme un arbre, par un bel après-midi d’été.
 
         L’arbre de Zachée
Modèle de cette pitié, le sycomore de Zachée ! Avec son aide, le petit homme peut enfin voir Dieu. Pas étonnant que les enfants rêvent depuis toujours de grimper aux branches. Zachée, lui, devra vite descendre de son perchoir, abandonner sa vision ambiguë, mi-bienheureuse, mi-voyeuriste, revenir au ras de terre, pour accueillir le salut et voir Dieu autrement.
  • Parabole
" le Royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde. C'est bien la plus petite de toutes les semences; mais quand elle a poussé, elle est la plus grande de toutes les plantes potagères; elle devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent faire leur nid dans ses branches."  ( MT 13,31 )
  • Eloge de la Sagesse, éloge de l’arbre
" J’ai grandi comme un cèdre du Liban
et comme un cyprès sur les hauteurs de l’Hermon.
J’ai grandi comme un palmier d’Ein Guédi,
Comme des plants de laurier rose à Jéricho.
Comme un bel olivier dans la plaine,
Et comme un platane, j’ai grandi…
Comme un térébinthe, j’ai déployé mes rameaux,
Et mes rameaux sont plein de grâce et de majesté. "
Sg 24, 12

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Espaces Privés, Publics et Paradis

Saint Jean dispose, en plus de ses plages, de deux espaces publics remarquables : la Bunelle et le jardin Bergevin. De plus il s’est enrichit au fil des temps de nombreux espaces privés que des familles et individus ont façonnés, jardinés avec talent le plus souvent.
Le jardin du Maix est une petite merveille qui prend toute sa dimension aux mois d’avril et mai lorsque les magnolias et azalées, qui seront suivis des rhododendrons, entament leur débauche de couleurs sur tapis vert.
Astuce, audace, exotisme mais aussi laisser aller, les caprices de Dame Nature ont souvent guidé les choix des jardiniers. La somme de leurs goûts si variés métamorphose le village de St Jean en parc à taille humaine où il fait bon déambuler. Un parc, un jardin d’Eden, mosaïque de morceaux choisis, assemblage non commandé, étonnant mariage d’indépendances jalouses, entières, ombrageuses. Et alors, toutes les propriétés privées, au fond pas si privées que cela, appartiennent un peu à tout le monde. Les arbres des propriétés de la falaise réjouissent ceux du bas. Et ceux d’en bas font le bonheur de ceux d’en haut. Tous peuvent se régaler de l’œuvre de chacun.
 
Si le Paradis était la réunion d’innombrables libertés nées d’un même Père, sauvées par le même Fils, jaillies dans toutes les directions de l’Esprit, réunion de libertés aussi imprévisibles que le vent, enchevêtrement dans une harmonie achevée, épurée des crispations, d’inutiles épines, d’accaparements bêtes et méchants, communion des libertés enfin sauvées de leurs prétentions à exister sans Celui qui Est.
  • Les arbres de Saint Jean et les arbres du Paradis
Sans les arbres, la Bible serait vide, le village aussi. Les essences d’arbres rencontrées dans le village sont nombreuses. Rien que dans le boulevard Stanislas, une bonne quarantaine ont été recensées. Chaque espèce parle à sa façon du Paradis.

       L’if

L’arbre des cimetières, l’arbre symbole de l’immortalité, montait la garde près de l’église. Jusqu’en 1989, les saint-jeannais ont connu le fameux if millénaire, celui qui avait été planté au 9ème siècle. Lorsque Saint Louis est passé à l’église de St Jean, lors de son pèlerinage à Saint Michel, l’if avait déjà trois ou quatre cents ans. L’usure a eu raison de son immortalité, les tronçonneuses du Saintjeannais de service sont venues à bout de ses six mètres de circonférence. Le symbole demeure et le bel if de Carolles, doté de son amusante plaque municipale qui le fige à 734 ans, n’est pas loin.

         Le cyprès

Quatre cyprès font une haie d’honneur à ceux qui s’approchent de l’église. Le cyprès a la réputation d’être imputrescible, de faire fuir le serpent et son feuillage toujours vert le range aux côtés des symboles d’immortalité. On le retrouve dans de nombreuses clôtures. Ses cousins, les cupressus, ont pris parfois une taille de géants, lesquels ont plutôt mal supporté les vents du 26 décembre 99.


 

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Les palmiers

Plusieurs propriétés du village ont leur palmier : Le Gaudin marie l’un d’eux à son pignon Est, tandis qu’un plus petit regarde son aîné avec fierté et l’envie. Au bas de l’avenue Général de Gaulle, la villa Saint Louis en a au moins deux. Un peu en contre bas, la propriété « Les Palmiers » regarde ceux d’en face. Les Rouge-gorges en compte deux ou trois. Le jardin public, l’ex jardin de la famille Bergevin, a aussi les siens. En approchant de la mer, on verra celui de l’Abri des roses dont le tronc est orné d’une clématite. Plusieurs jardins de St Jean ont planté leur palmier, pour honorer la réputation de micro climat du village. Tous n’ont pas pris racine, plusieurs contribueront à entretenir la certitude qu’ici on habite au midi, que la lumière de midi est plus généreuse qu’ailleurs.
 
« Le juste pousse comme un palmier » chante le psalmiste Ps 92. « Ta stature que voici est comparable à un palmier et tes seins à ses grappes » poétise l’amoureux du Cantique des Cantiques. Le palmier est l’arbre de l’épanouissement. Les palmes sont aussi le symbole de la victoire des martyrs sur la mort, symbole largement repris dans l’iconographie chrétienne. Le Saint Expédit de l’église de St Jean porte sa palme, comme tous les hommes et femmes qui ont placé l’amour du Christ au dessus de tout, victoire sur toutes les ombres de la mort.
 

 Le séquoia

A la hauteur de la villa Saint Louis, les arrières de la Vieille Maison donnent à voir le plus grand arbre de Saint Jean, un séquoia, plus que centenaire. Il avait été planté pour célébrer le cinquième anniversaire de la petite fille de la maison. Belle coutume de célébrer un anniversaire en plantant un arbre. La cime étêtée du séquoia l’empêchera d’atteindre les 140 mètres qu’il était en mesure de franchir. Si L’arbre vit de sa cime, comme l’écrit Dante joliment et spirituellement, l’amputation est ennuyeuse. Par contre, elle ne devrait pas le gêner dans son espérance de vie de 2000 ans. Les voisins ne sont donc pas au bout de leurs craintes, eux qui sont si peu rassurés par la proximité écrasante d’un tel monument.
Le séquoia donne prétexte à rappeler la parabole de l’arbre au livre d’Ezéchiel, chapitre 17
 
Ainsi parle le Seigneur Dieu :
Moi je prendrai à la cime du grand cèdre fier
Et je planterai.
J’arracherai à la cime de ses branches un rameau tendre ;
Je le planterai moi-même,
Sur une montagne très élevée.
Sur la haute montagne d’Israël, je le planterai.
Il portera des rameaux, produira du fruit,
Deviendra un cèdre magnifique.
Toutes sortes d’oiseaux y demeureront,
Ils demeureront à l’ombre de ses branches.
Alors tous les arbres des champs connaîtront que je suis le Seigneur,
Qui fait ramper l’arbre élevé,
Elève l’arbre humilié ;
Dessèche l’arbre vert,
Et fait fleurir l’arbre sec.
 

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L’or des châtaigniers au mois de juillet

Fin juin, début juillet, les châtaigniers se couvrent de leurs fleurs, les chatons d’or. Le théâtre de verdure de St Jean se pare alors de multiples auréoles de soleil. Il prend la couleur dominante du Paradis. Le ciel, en effet, a longtemps été suggéré par un fond doré derrière le Christ, la Vierge et les saints, l’or représentant la matière noble par excellence. Dès l’époque byzantine, l’église devient un temple de l’or et l’orfèvrerie un art religieux. On ne peut pas lire avec intelligence les mosaïques, les fresques de Giotto, les icônes et les retables, si l’on ignore la symbolique paradisiaque de l’or. A tous ces chefs d’œuvre graphiques, il faut donc ajouter la beauté des châtaigniers du mois de juin. Sur fond de verts en dégradés, avec la complicité du soleil haut de la Saint Jean Baptiste, les fleurs de châtaigniers rendent hommage à la lumière d’en Haut, à la clarté du ciel, à la Gloire du Père, du Fils et de l’Esprit dans la quelle viennent se baigner des milliards et des milliards de créatures : Paradis avec les fleurs de châtaigniers que les saint-jeannais aiment retrouver devenus fruits dans la belle allée de Lancessouries.

         La dorure des mimosas en février

Au mois de février ce sont les mimosas qui jouent les pépites d’or.
 Au creux de l’hiver et des nuits les plus longues, les minuscules soleils bousculent la logique des saisons et la sagesse humaine pour faire retable doré en l’honneur de la Lumière divine et de sa vérité :
C’est au plus noir, au plus sombre, au plus ténébreux, que la Lumière du Christ brille et se propose.

         L’allée des pruniers de St Jean

La ruelle qui porte le nom de ces arbres généreux en fruits rappellera longtemps que le village était le pays de pruniers, à tel point que les fruits étaient exportés en Angleterre. La rue Gustave Belloir compte quelques pruniers sur les doigts de la main mais bientôt le boulevard Stanislas remettra à l’honneur ces arbres qui semblent apprécier le terrain sablonneux.

Une avant goût de Paradis

Les magnolias de Saint Jean

Arbres majestueux, les plus beaux magnolias sont à feuilles caduques. Acceptant l’épreuve de l’hiver, ils se parent de fleurs abondantes et leurs feuilles sont moins caoutchoutées que les persistantes. Dans la partie haute du village mais aussi du carrefour à la Cale, les magnolias célèbrent la majesté du Paradis.

  Les Bambous du jardin public
 
Au Japon, le bambou est avec le pin et le prunier l’une des 3 plantes de bonne augure. Le bruissement du bambou est le signal de l’Illumination.
 
   L’arbre de Judée du Clos du Port.
 
Avec un nom pareil, nous voici transportés au pays de Jésus. L’arbre de Judée du Clos du port voisine avec la glycine centenaire et doit inspirer son parfum, pour donner une idée des suavités du Paradis. Ci-contre l’arbre de Judée des Bleuets (Bd Stanislas)
 
La marche dans le village se voudrait un voyage sur les pas de Jésus, en humant les odeurs, les yeux levés sur ce que les gens du village, associés à la nature, donnent à voir comme des cadeaux. Dans ce grand théâtre de verdure tourné vers la Merveille du Mont, comme vers la Jérusalem céleste, le langage de la nature se fait complice de la langue du Royaume.

La glycine centenaire du clos du port
 
   Le figuier
 
Plusieurs jardins de St Jean ont leur figuier et Tombelaine a le sien. Face au Clos du Port, par dessus la haie, un figuier donne à voir ses larges feuilles qui servirent de pagne pour cacher la nudité d’Adam et Eve, au jardin d’Eden, dit le livre de la Genèse.
Albert le Grand dit du figuier qu’il est le plus fécond de tous les arbres car il porterait des fruits sept fois l’an et son fruit vient avant les feuilles. Alors, « Marie est un figuier, puisqu’elle est plus féconde en vertus et bonnes œuvres que tous les autres saints, qui sont les arbres du Paradis.

Une avant goût de Paradis
       Le grenadier, la vigne et le Paradis
Avec le Figuier, la vigne et le grenadier sont les trois arbres caractéristiques de la Terre Promise et donc du Paradis. Et la prospérité consiste à ce que chacun puisse être sous sa vigne et sous son figuier. Jésus dit à Nathanaël : « sous le figuier je t’ai vu ».
 
                       Le grenadier
St Jean possède des figuiers, mais il n’a pas de grenadier, présent dans le Paradis du retable de Gand. Au lieu et place, le village a eu une prédilection pour les pruniers et la surabondance de ses fruits facile à imaginer, allée des Pruniers, a quelque chose de paradisiaque.
 
                       La vigne
Elle est généreuse sur le village, notamment à Montgommery
 
La vigne leur dit : Vais-je donc renoncer à mon vin qui réjouit les dieux et les hommes pour aller m’agiter au dessus des arbres ?
Alors tous les arbres dirent au buisson d’épines : Viens donc, toi, régner sur nous ». Mais le buisson d‘épines dit aux arbres : si c’est loyalement que vous me donnez l’onction pour que je sois votre roi, alors venez vous abriter sous mon ombre. Mais s’il n’en est pas ainsi, un feu sortira du buisson d’épines et il dévorera les cèdres du Liban » (Jg 9, 8-15)
 
Critique sévère de la royauté en Israël, institution considérée par certains comme inutile, et même comme une insulte à la seule royauté divine, la fable est une belle sagesse pour celui qui est appelé à une responsabilité. Le Paradis se moque du pouvoir. Il préfère rassembler seulement les bonnes choses que chacun peut offrir, pas les titres ni les honneurs.
 
Par ailleurs, la fable donne un éclairage original au récit du buisson ardent et l’on retrouve le symbole du cèdre altier orgueilleux que Dieu, le seul Roi,  se charge de remettre à sa place.
 

           Le hêtre pourpre et la vision de Nabuchodonosor au livre de Daniel (Daniel 4,8)
« Moi, Nabuchodonosor, dans les visions de mon esprit sur ma couche, je regardais, et voici un arbre au milieu de la terre, dont la hauteur était immense. L’arbre devint grand et fort : sa hauteur parvenait jusqu’au ciel, et sa vue jusqu’aux extrémités de la terre. Son feuillage était beau et ses fruits abondants : il y avait  en lui de la nourriture pour tous. Sous lui s’abritaient les bêtes des champs, dans ses ramures demeuraient les oiseaux du ciel, et de lui se nourrissait toute chair. Je regardais dans les visions de mon esprit sur ma couche, et voici que descendait du ciel un Vigilant, un Saint. Il cria avec force et dit : Abattez l’arbre, brisez ses branches, arrachez ses feuilles, jetez ses fruits. Que les bête fuient de sous lui et les oiseaux des ramures ! Mais que reste en terre la souche et ses racines, dans les liens de fer et de bronze, dans l’herbe des champs. Qu’il soit baigné par la rosée du ciel, et il aura en partage l’herbe de la terre avec les bêtes. On changera son cœur pour qu’il ne soit plus un cœur d’homme. Et un cœur de bête lui sera donné. Puis sept périodes passeront sur lui. La chose se fait par décret des Vigilants, et l’affaire par ordre des saints, afin que les vivants reconnaissent que le Très-Haut a domaine sur le royaume des hommes… Il élève le plus bas d’entre les hommes »

Une avant goût de Paradis
Le bananier et l’olivier
 Le colonel, propriétaire des lieux, au bas de l’allée des mimosas, avait le goût des arbres et des fleurs, dans un jardin bien abrité des vents du nord, se flattant d’avoir deux ou trois degrés de plus que les voisins. Le bananier a failli disparaître avec lui. Ses mimosas dont il connaissait bon nombre de variétés ont surmonté plusieurs hivers. L’olivier a disparu mais pas tout à fait, car des saint-jeannais ont eu l’idée, grâce à lui, de planter ces arbres du midi, avec succès d’ailleurs.
 
Cité 49 fois dans la Bible, l’olivier s’implante à St Jean. Ce n’est pas demain que l’on gaulera les olives de St Jean comme au livre du Deutéronome (Dt 24, 20) lorsqu’il témoigne avec humanité des mesures en faveur des pauvres. « Si tu gaules tes oliviers, tu n’y reviendras pas faire la cueillette ; ce qui restera sera pour l’émigré, l’orphelin et la veuve. »
 
Les moines du Mont chantent souvent le psaume « Ta femme est une vigne généreuse au fond de ta maison ; tes fils, des plants d’olivier autour de la table. Voilà comment est béni l’homme qui craint le Seigneur. Ps 128
 
Le prophète Isaïe, lui, voit le Paradis dans des espaces inhospitaliers, avec les arbres qui aiment tant la proximité de l’eau : Je mettrai dans le désert le cèdre, l’acacia, le myrte et l’olivier ; j’introduirai dans la steppe le cyprès, l’orme et le buis ensemble, afin que les gens voient et sachent, qu’ils s’appliquent et saisissent ensemble que la main du Seigneur a fait cela, que le saint d’Israël l’a créé. Is 41,19. L’impossible serait donc possible ! Il dit et il fait !
 
Le livre de Josué sollicite la gratitude et la gratuité des plantations, de l’olivier par exemple : « Je vous ai donné un pays où tu n’avais pas peiné, des villes que vous n’aviez pas bâties et dans lesquelles vous habitez, des vignes et des oliviers que vous n’aviez pas plantés et vous en mangez les fruits. Jos 24,13

Une avant goût de Paradis
Les arbres du Boulevard Stanislas 
 
Les saint-jeannais de longue date ont connu le boulevard bordé de peupliers hollandais ou Trembles formant une voûte de verdure et d’argent, soumise aux caprices du vent  et de la lumière. La musique douce de leurs feuilles savait séduire. La facilité avec laquelle les trembles resurgissent et résistent aux vents salés laisse présager un retour en force de ces arbres de dune.
 
           Les pins noirs
Ils ont fait le charme du boulevard et de sa dune jusqu’au 26 décembre1999. Ce matin-là, ils ont fâché plusieurs propriétaires en tombant sur des toits et des clôtures. Quelques uns ont survécu à l’arrivée vengeresse des bûcherons, entre la Brunette et le Nid, pour faire regretter leur famille et ses beaux troncs.
 
         Les cerisiers fleurs
Ils ont remplacé les tilleuls dont il reste un exemplaire devant le n° 64.
 
         L’acacia des Dunes
Cet arbre présente ses belles feuilles quand elles ne sont pas trop exposées aux vents de mer et sa floraison a du charme. On dit que l’arche d’alliance était faite de bois d’acacia plaqué d’or et que la couronne d’épines fut tressée d’épines d’acacia. N’oublions pas non plus que le mimosa est de la famille de l’acacia.
 
 
         l’érable sycomore  
Le sycomore est un figuier originaire d’Egypte, aux fruits comestibles, au bois très léger et incorruptible. L’érable sycomore, lui, est un faux platane, un faux figuier. C’est sans importance, grâce à son nom, l’érable sycomore nous permet de rappeler l’arbre de Zachée pour une si belle page de l’évangile de Luc. Zachée est trop petit pour voir Jésus. A la manière des enfants, il grimpe aux branches et prend de l’altitude. L’arbre le grandit et le rend heureux de voir le spectacle du moment, Jésus la vedette. Installé sur son perchoir, dans l’attitude ambiguë de celui qui regarde, mi-admiratif, mi voyeur, à la fois bon public et profiteur, Zachée entend une parole pour le moins inattendue : « Descends vite, il me faut aujourd’hui demeurer chez toi ». Quitter la béatitude des hauteurs et redescendre au ras de terre pour saisir la main tendue du salut.
 
La maison du Nid est une maison d’hôtes depuis les années cinquante, dépendance d’hôtel puis maison de vacances pour handicapés, chambres d’hôtes depuis 1991. Dans l’histoire de Zachée, Zachée est l’hôte de Jésus et Jésus se fait l’hôte de Zachée. On ne sait plus qui reçoit, qui est reçu. C’est donc que la communion, le demeurer, se moque du propriétaire et de celui qui n’a rien, de celui qui reçoit et de celui qui est reçu.
 
         Le pin parasol
Le pin parasol, entre le Nid et La Brunette, baptisé arbre à Jean-Yves, nom du donataire, entretient la mémoire, fait passerelle entre le monde des vivants et celui des morts, sans rien entamer du mystère. Bientôt un autre pin parasol se dressera à la hauteur de la promenade de la Cale.

Une avant goût de Paradis
Le chêne 
Le chêne préfère sûrement les haies du bocage et les grandes futaies aux abords maritimes. Le chêne des Flots et ceux de la propriété Bachelier ne chercheront donc pas à rivaliser avec la chênaie du domaine de Brion.
 
Ils resteront modestes pour n’avoir point à affronter dans un combat inégal les folies d’Eole et feront entendre aux passants la poésie du  chêne de Brassens
 
Il eût connu des jours filés d’or et de soie
Sans ses proches voisins, les pires gens qui soient,
Des roseaux mal-pensants, pas même des bambous,
S’amusant à le mettre à bout.
 
Le curé de chez nous, petit saint besogneux,
Doute que sa fumée s’élève jusqu’à Dieu.
Qu’est-ce qu’il en sait le bougre et qui donc lui a dit
Qu’y a pas de chênes en Paradis ?

eucalyptus
eucalyptus
Les eucalyptus
Ils détiennent le record de vitesse de croissance.

Les abricotiers et les pêchers
Ils ont remplacé, les pins après la tempête.  Arbre sacré en Chine, le pêcher se plaît dans les terres légères. Sa floraison le rend attachant à la sortie de l’hiver.

Le platane de la Michette      
Le nom de la maison prête à sourire. Son beau platane évoquera Fernand Raynaud, l’humoriste racontant son beau –frère fictif  inspecteur des platanes » , victime d’une dangereuse profession.
 
Le mimosa de La Houle, Le cytise du 62, les pins, les cupressus, le Charme ou orme au 70, le Palmier du 72, Le Lilas blanc à Ker Christine, Le Tilleul de la Vague, , l’arbre de Judée des Bleuets, les pins noirs survivants du 26 décembre, Le noisettier qui aime aussi les terrains légers, le Peuplier hollandais du 29, Le Fresne pleureur du 31, les Sapins et arbres taillés du 62, Le Bouleau du Petit Bourget, le saule pleureur du 31

Le cèdre de Montgomery La maison et sa terrasse ont reçu un hôte de marque en août et septembre 1944, aux lendemains du débarquement sur les côtes normandes : Ike Eisenhower dont le nom  est indissociable de la fantastique page de la libération écrite avec l'audace, l'intelligence et le sang. Un grand cèdre fait office de stèle. Les allusions bibliques sont nombreuses : la maison de David est en cèdre alors que Dieu habite sous la tente. ( 2 Sam 5,11 ). Dans le Temple de Salomon on ne voyait pas la pierre; tout était en cèdre. ( 1R 6, 18 )

La parabole du grand cèdre enh Ezéchiel 31,1
 
" Fils d’homme, dis à Pharaon, roi de l’Egypte et à sa multitude : A qui ressembles-tu, toi qui es si grand ? A un cyprès, à un cèdre du Liban qui aurait de belles branches, formant une forêt ombreuse et d’une taille si élevée que son sommet serait entre les nuages ? Les eaux l’ont fait grandir ; l’abîme qui l’a fait croître fait couler ses fleuves autour du lieu où il est planté et envoie ses canaux vers tous les arbres des champs. Ainsi donc sa taille était plus élevée que celle de tous les arbres des champs, ses rameaux s’étaient multipliés, ses branches s’étaient allongées sous l’effet des grandes eaux lorsqu’il sortit ses pousses."
 

cèdre
cèdre
Tous les oiseaux du ciel nichaient dans ses rameaux, toutes bêtes sauvages mettaient bas sous ses branches et toute la multitude des peuples habitait à son ombre. Il était beau par sa grandeur, par l’ampleur de son branchage : ses racines s’étendaient jusqu’aux grandes eaux. Les cèdres du jardin de Dieu ne l’égalaient pas…tous les arbres d’Eden qui étaient dans le jardin de Dieu le jalousaient. C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu : Parce que tu as élevé ta taille, parce qu’il a élevé son sommet entre les nuages, qu’il s’est élevé avec orgueil, je le livre aux mains du chef des nations qui le traitera selon sa méchanceté. Je l’ai chassé…Ainsi parle Seigneur Dieu : Le jour où le cèdre est descendu au séjour des morts, j’ai obligé l’Abîme à prendre le deuil pour lui. … "
 
La parabole du cèdre se prête à diverses lectures. Les habitants de St Jean, qui ont vu au fil des années trop de grands arbres tomber dans diverses parties du village, sont tentés de faire l’éloge de la petitesse des arbres tels les abricotiers et de maudire les grands menaçants. Si la Bible bénit les petits et se montre sévère pour les grands, la parabole d’Ezéchiel pleure la déchéance du géant, parce que la miséricorde divine n’est pas jalouse de sa gloire.
 

         Les saules pleureurs de la route de Pignochet


Ils ont fière allure sur le chemin de la plage et ne font pas pitié, ces arbres qui bénéficient de l’humidité du marais.
La Bible leur donne un supplément de noblesse.
En effet, le psalmiste évoque la rude épreuve de l’exil et la tristesse des croyants éloignés de leur Temple:
 
« Là-bas, au bord des fleuves de Babylone, nous restions assis tout éplorés en pensant à Sion. Aux saules du voisinage, nous avions pendu nos cithares. Là, nos conquérants nous ont demandé des chansons et nos bourreaux des airs joyeux. Chantez-nous quelque cantique de Sion, des cantiques de votre pays. Comment chanter un chant  du Seigneur sur une terre étrangère ?
 
Dans la défaite et l’humiliation, la Dignité est le seul bien qui reste à l’homme. « Ne comptez pas sur nous pour faire joli dans les temples que vous nous avez volés. »

Une avant goût de Paradis
La Cale, la Baie, la Mer, avant-goût de paradis…

Ignorons pour l’instant le Mont St Michel et Tombelaine. Ils signeront l’achèvement de la marche.
La mer se suffirait à elle-même, présente et absente, fuyante et fidèle, porteuse de toutes les contradictions humaines et des paradoxes évangéliques.
 
En regardant l’étendue d’eau et de sable, revient le poème de Delecluze chanté par Ferrat :
 
« Raconte- moi la mer,
dis-moi le goût des algues
et le bleu et le vert qui dansent sur les vagues…
La mer, c’est l’impossible,
c’est le rivage heureux,
le matin paisible quand on ouvre les yeux.
C’est la porte du large ouverte à deux battants,
la tête en voyage vers d’autres continents.
C’est l’écume et le sable toujours recommencés
et la vie est semblable au rythme des marées.
La mer, c’est le désir de ce pays d’amour
que l’on cherche  toujours et qu’on n’atteint jamais
 
 
La mer a des résonances poétiques.
 
Mais pour les habitants de ces contrées de la baie, elle porte d’âpres souvenirs de campagnes morutières, fructueuses et dangereuses. Elle a aussi des échos bibliques.
 
Toutes les églises ont leur nef. On notera que le joli nom littéraire du bateau s’applique au lieu du rassemblement ecclésial, que le chef de l’Eglise, Pierre, était un pêcheur et que la symbolique chrétienne emprunte largement à la mer. Ainsi l’ancre marine symbolise l’espérance.
 
Si des maquettes de bateau sont précieusement conservées, comme à l’église de St Jean, ce n’est pas par souci décoratif. Ce sont des ex-votos, c’est à dire, l’expression de vœux formulés lors d’un grand danger. Les marins ont une conscience vive de la précarité de l’existence. Ceux qui ont échappé aux tempêtes ont laissé dans leur église le témoignage de leur gratitude. Plus que d’autres, des travailleurs de la mer ont saisi qu’ils sont des êtres « sauvés ».
 
« Bonne est la vie quand je suis fraternel »
 
Un village imbrique des maisons, leurs arbres, leurs fleurs, des animaux, la mer. Ce sont surtout des gens, des visages, des rencontres jour après jour. Durant les premières années à Saint Jean, la question affleurait de la part des amis laissés ici et là : « Les gens de votre village sont-ils accueillants ? » Dix ans après, nous avons entendu diverses réponses toutes aussi vraies les unes que les autres. « 51% des gens du village sont gentils, 49% sont désagréables », disent les optimistes. « 49% sont gentils et 51% désagréables », affirment les pessimistes. Les humoristes préfèrent la fatalité qui veut que la moitié des habitants de la planète a été créée pour embêter l’autre moitié.
 
Lorsque des sautes d’humeurs ou des conflits plus sérieux opposent des individus, il est plutôt amusant de penser que ceux-là même qui se seront regardés en chiens de faïence dans un village se retrouveront dans le même Paradis et que des ennemis irréductibles partageront la même table céleste. Scénarios inimaginables ! De quoi faire hésiter plusieurs à passer la porte.
 
A notre arrivée en Normandie, nous avions choisi d’éviter la question du comment nous serions accueillis, nous les horsains. Nous sommes partis à la rencontre de nos nouveaux voisins. Ceci nous a valu des mises en garde savoureuses, des reproches, des prêts d’intentions et quelques gratitudes. Au fil des événements et des engagements, nous nous sommes faits de nombreux amis et au moins autant d’ennemis, ce qui, somme toute, n’est pas surprenant. « Bonne est la vie, quand je suis fraternel » J’aime bien cette parole du poème Solo de Xavier Grall. Pas seulement pour la sonorité. Parce qu’elle déplace la logique habituelle qui veut que la vie soit plaisante quand les autres sont gentils avec nous. Le long souffle chrétien de Xavier Grall est inspiré des Evangiles et particulièrement de la parabole du Bon Samaritain, seule réponse, ou plutôt seule question, à la question « Qui est mon prochain ?. » Alors je poursuis ma promenade parmi les arbres du village avec les paroles de sagesse de la Bible : Le désir comblé, c’est un arbre de vie » (Pr 13,12). Une parole réconfortante est un arbre de vie( Pr 15,4)

 
BENEDICTION
 
Le Dieu de la paix bénira alors, un par un, ceux qui seront passés par la grande épreuve, comme dit le livre de l’Apocalypse, et la bénédiction, qui avait présidé la Création, enveloppera la Parousie.

 
Lecteur, ne crois-tu pas que, de ce village, émane un avant-goût de paradis ?

Bibliographie
 
Que reste-t-il du Paradis ? Jean Delumeau, Fayard 2000
Solo, Xavier Grall, Calligrammes
Stèle pour Lamennais, Xavier Grall, Hallier
Rassurer et protéger, Jean Delumeau
Dictionnaire des symboles, Robert Laffont
Concordance de la Bible, TOB
 
Texte de Louis Malle
2005-2010
Photos de Louis Malle si vous télécharger le document
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