L'influence française dans la Russie des tsars

Conférence par Georges Kossorotoff : texte intégral et illustrations
Le Comte Georges Kossorotoff est le petit-fils du Général Comte Kossorotoff, gouverneur de Tchita, sous le règne de Nicolas II ; il est aussi le petit-neveu du professeur Kossorotoff, chirurgien éminent, connu pour avoir été chargé par le tsar de l’autopsie de Raspoutine après son assassinat.
Le père de Georges Kossorotoff, élève officier en Russie, après s’être battu dans l’armée blanche pendant la révolution, a réussi à prendre le dernier bateau à Odessa, sous la mitraille de l’armée rouge, avec, pour tout bagage, les photos de sa mère et de sa soeur.
Destination Constantinople (Istamboul), puis la France, terre d’exil de nombreux aristocrates russes, qui en parlaient parfaitement la langue.
Georges Kossorotoff est né à Paris. Français de coeur, slave dans l’âme, il va évoquer les liens qui unissaient sa patrie et celle de son père, pendant plusieurs siècles, au temps des tsars.


Composition de la noblesse russe

L'Aigle bicéphale
L'Aigle bicéphale
  • Le tsar, est l’empereur, on l’écrit aussi czar, qui est une compression de César : empereur.
  • La tsarine, est l’impératrice.
  • Le tsarevitch, est l’héritier du trône.
  • Les grands –ducs et grandes-duchesses, font partie de la famille du tsar : frères, soeurs, oncles, tantes, neveux et nièces.
  • Viennent ensuite les princes et les comtes.
  • La noblesse représente environ 1% de la population russe.

Le début des relations franco-russes.

Iaroslav le Sage
Iaroslav le Sage
  • Nous sommes au onzième siècle.
  • En France, c’est le règne de HENRI Ier.
  • HENRI Ier est veuf et désire se remarier pour assurer sa descendance. Mais aucune des princesses françaises ou d’Europe ne lui plait.
  • Par des voyageurs, il entend parler de la princesse ANNA, fille du grand-prince IAROSLAV LE SAGE , qui règne sur la principauté de KIEV. Une princesse d’une grande beauté, d’après ces voyageurs.
  • HENRI 1er, roi de France envoie donc une ambassade à KIEV pour demander au grand-prince la main de sa fille ANNA. IAROSLAV accepte et c’est ainsi qu’il y a dix siècles, la France a eu pour reine une princesse russe. Elle a aussi comblé les voeux du roi puisqu’elle a été la mère de PHILIPPE Ier.
  • Quelques siècles plus tard,(fin 16e) le tsar  BORIS GODOUNOV crée des écoles avec des professeurs français. Quand il envoie les élèves à l’étranger pour parfaire leur éducation, aucun ne revient  sauf peut-être l'un d'entre eux !
  • Mais ce n’est vraiment qu’avec PIERRE LE GRAND (1682-1725) qu’on pourra parler de l’influence française.
 

Pierre Le Grand ou Pierre Ier

Pierre Le Grand
Pierre Le Grand
  • C'est un homme hors du commun. D’abord par sa taille : plus de 2 mètres, ensuite par sa soif de découverte : il est curieux de tout, touche à tout. Passionné par la marine, il se fait embaucher, comme simple ouvrier, sous un faux nom,dans un chantier naval hollandais, pour apprendre la construction des navires. C’est cette passion qui l’amène à vouloir créer un port sur la Baltique et en faire sa capitale.
  • Il veut que la RUSSIE devienne un état moderne, sur le modèle européen. Il veut que SAINT PETERSBOURG en soit le symbole.
  • Actuellement, c’est un marécage, inhospitalier au possible. VOLTAIRE évaluera à plus de 100.000 le nombre d’ouvriers morts pendant les travaux. Mais les désirs de PIERRE 1er sont des ordres. Plus de 100 familles sont obligées d’abandonner MOSCOU pour faire construire leurs habitations à SAINT-PETERSBOURG, suivant les plans de l’Administration, en fonction de leur fortune.
  • Les pierres n’existant pas sur place, tout chariot arrivant à SAINT-PETERSBOURG devait acquitter un droit d’entrée de 3 pierres de 5 livres. De même, tout navire, 10 à 30 pierres, suivant le tonnage. Dans tout le pays, les constructions en pierres sont interdites.

Pierre Le Grand et Paris

Château de Perterhof
Château de Perterhof
  • A cette époque, sous LOUIS XIV, Versailles est le centre du monde. Son éclat rayonne sur l’Europe. La langue française est universelle. L’ambassadeur de Russie en France décrit à PIERRE LE GRAND la beauté des châteaux, des tableaux, des tapisseries, des ornements …
  • PIERRE LE GRAND se fait envoyer les plans des plus beaux palais (dont Versailles évidemment). Il est fasciné par la France. Il y vient en 1717. Sa visite est à la fois politique et artistique. Et aussi, sans doute, avec l’espoir de fiancer sa fille ELISABETH au futur LOUIS XV .
  • A PARIS, tout l’intéresse : il visite les musées, les arsenaux, l’Académie des Sciences, des fonderies de statues, le Jardin des Plantes, et aussi, bien sûr, Versailles.
  • De la ville, il retiendra l’urbanisme qu’il reprendra pour SAINT-PETERSBOURG : le schéma en damier et les trois avenues rayonnantes.
  • Bien sûr, il est ébloui par le château et ses jardins.
  • A propos de jardin : on rapporte qu’il se permet d’y importuner les dames qui s’y promènent (… ?) mais il les dédommage si généreusement que, curieusement, on rencontre de plus en plus de promeneuses dans les allées des jardins de Versailles.

Nicolas Delisle
Nicolas Delisle
Voici comment SAINT-SIMON décrit PIERRE Ier :
" C’est un fort grand homme, très bien fait, assez maigre, le regard majestueux et gracieux, qui pouvait devenir sévère et farouche. Ce qu’il buvait et mangeait est inconcevable. Il entendait bien le français, mais, par grandeur, il avait toujours un interprète."
A propos de parler français, voici ce que dit DUBOIS, ministre des Affaires Etrangères du Régent (Philippe d’Orléans) :
« Lorsque je parle avec le tsar, en français, je me demande qui a bien pu lui enseigner notre langue. Il ne connaît aucun mot courant, mais use d’expressions qui feraient rougir les dragons de nos régiments. Je l’ai entendu une fois, à Versailles, jurer de telle façon que les valets d’écurie en sont restés bouche bée. ».
  • Il y a une raison à cela : dans sa jeunesse, le jeune starevitch est livré à lui-même, son éducation est empirique. Il aime se promener dans les faubourgs de MOSCOU où il fréquente des gens … peu fréquentables : des cochers, des laquais, des militaires, des perruquiers …
  • C’est sans doute auprès de ces gens-là qu’il a appris un certain français !
  • De retour en Russie, PIERRE LE GRAND charge Alexandre LEBLOND de lui construire sa résidence d’été :PETERHOF.
  • Alexandre LEBLOND est architecte du roi de France et élève de LENOTRE. Dans son voyage vers SAINT-PETERSBOURG, LEBLOND est accompagné par des dessinateurs (Giraud et Tessier), des ciseleurs (Noiset, Saint Mange), des tapissiers, des artisans, et de Nicolas PINEAU ; Nicolas PINEAU est sculpteur et architecte. Il est l’inventeur de la rocaille française, qu’il introduit dans les palais russes. Il sera nommé « PREMIER SCULPTEUR DE SA SACREE MAJESTE CZARIENNE »
  • Alexandre LEBLOND va dessiner et construire le château de PETERHOF, et ses jardins.
  • On appelle ce château « LE VERSAILLES RUSSE ».
  • C’est le début de ce qu’on appellera « LE THEME FRANÇAIS »

  • PIERRE Ier s’intéresse aussi à l’astronomie : il fait venir l’astronome français Joseph Nicolas DELISLE, qui va fonder l’Observatoire de SAINT-PETERSBOURG et va diriger l’Ecole d’Astronomie de l’Académie des Sciences de Russie.
  • Toujours dans le but de civiliser ses sujets, PIERRE LE GRAND signe toute une série de décrets :
  • Il interdit aux maris de tuer leurs femmes et même de les battre à coups de verges.
  • Il fait raccourcir les robes et couper les barbes.
  • A l’entrée des villes, on installe des couturiers et des barbiers chargés d’exécuter les ordres.
  • Gare aux récalcitrants !
  • On a vu que PIERRE LE GRAND parle assez mal le français, mais c’est pourtant à partir de son règne que le français s’est imposé en Russie.
  • POURQUOI ?
  • Toujours le rayonnement de Versailles. Le français est alors la langue de la culture en Europe, et c’est tout naturellement qu’elle est adoptée par la noblesse russe. Mais ce n’est pas la seule raison.
  • Voici ce que dit Madame CARRERE D’ENCAUSSE ; secrétaire perpétuel de l’Académie Française, qui est fille d’émigrés russes, et historienne spécialiste de la Russie :
  • « C’est que la Russie souffre alors d’une faiblesse. Elle n’a pas encore de langue propre à assurer le développement d’une culture nationale. On écrit en Russie en slavon d’église et le russe proprement dit n’est que langue parlée. En l’absence d’une langue littéraire, la culture russe ne progresse pas or l’existence d’une culture nationale est un préalable à l’ouverture culturelle au monde extérieur. "
  • Les enfants du Tsar, ALEXIS et ELISABETH reçoivent une éducation à la française. Mais ALEXIS aura peu l’occasion d’utiliser ses connaissances puisque le Tsar, le soupçonnant de conspirer contre lui, le fera décapiter. PIERRE LE GRAND n’est pas un tendre.
  • Plus tard, il fera couper la tête de l’amant de sa femme, et, très délicatement, l’exposera dans la chambre à coucher de la tsarine (sa femme). Qui ne pipera mot, redoutant les reflexes de son mari !
  • Pour former ses futurs officiers de marine, PIERRE LE GRAN D les envoie étudier en France, à l’Ecole des Gardes-Marine (ancêtre de l’Ecole Navale), à BREST ou à TOULON.
  • En 1720, des ingénieurs, des architectes, des artisans arrivent à SAINT-PETERSBOURG. Ce sont des français qui tracent les plans du futur canal de la Baltique à la mer Blanche. C’est un brestois (Pangolo) qui construit des frégates à KRONSTADT.
  • Devant la Cour, on joue des comédies françaises, mais traduites en russe, car on n’est pas encore très habitués au français : Le médecin malgré lui, Don Juan, Amphitryon, Les fourberies de Scapin…
  • A la même époque, apparaissent des précepteurs et des cuisiniers français dans les maisons aristocratiques. Dans les bibliothèques, on trouve de plus en plus de livres français : des dictionnaires, des grammaires, des ouvrages techniques (Vauban par exemple), et bien sûr, des livres d’écrivains.
  • PIERRE Ier décède en 1725.
  • Sa fille ELISABETH , lui succède.
  • Enfin, pas tout de suite !
  • Entre deux , quelques règnes très courts ((Catherine 1ere, Pierre II, Anne 1ere) et enfin Ivan VI. Qui n’est qu’un nourrisson.
  • A la suite d’un coup d’état, et avec le concours de son médecin français LESTOC et du ministre de France LA CHETARDIE , ELISABETH réussit à se faire proclamer Impératrice. C’est maintenant le règne d’ELISABETH Ière (1741-1763).
Elisabeth Iere
Elisabeth Iere

Théâtre Mariinsky ou Kyrov
Théâtre Mariinsky ou Kyrov
  • Comme nous l’avons vu, l’Impératrice a reçu dans sa jeunesse une éducation à la française et est complètement conquise par la culture française. C’est le grand début de la francophilie et de l’usage de la langue française dans la noblesse, qui va durer jusqu’en 1917.
  • On va trouver des savants français à l’Académie des Sciences (Delisle).
  • Des artistes français à l’Académie des Beaux-Arts (Le Lorrain, les frères Lagrenée, Louis Tocqué) qui y enseignent.
  • C’est un architecte français, VALLIN DE LA MOTTE,, premier architecte de l’Académie des Beaux-Arts de Russie, qui apportera son style à l’édification des palais, des églises et des intérieurs impériaux. Il sera chargé d’édifier les bâtiments de l’Académie des Sciences et des Beaux-Arts.
  • ELISABETH Ière fait venir de PARIS une troupe de la Comédie Française dirigée par Charles SERIGNY. Sous son règne est créée l’Ecole du Théatre Impérial. Son directeur fondateur est Jean-Baptiste LANDE, grand maître français de ballet. Suivra deux années plus tard, la création du Ballet Mariinsky (ou Kirov).
  • En 1756, LOUIS XV envoie auprès de la tsarine un jeune secrétaire d’ambassade pour lui remettre un document secret. Ce jeune diplomate est le chevalier d’EON. Dans ses mémoires, le chevalier raconte avoir été engagé comme lectrice de la tsarine sous le nom de Lia de Beaumont. Mais les historiens sont sceptiques.
  • EON a vécu 49 ans habillé en homme et 33 ans en femme. Ce n’est qu’après sa mort que le médecin a constaté que c’était vraiment un homme.
  • En Russie, sur le plan militaire, les fortifications s’inspirent des oeuvres de VAUBAN.
  • A la Cour d’ELISABETH Ière, comme, plus tard, à celle de CATHERINE II, on parle français
  • ELISABETH Ière meurt en 1762.

Pierre III et Catherine II : Catherine la Grande

Catherine II - La Grande
Catherine II - La Grande
  • PIERRE III, petit fils de Pierre le Grand, qui lui succède, ne règne que quelques mois. Son épouse trouve sans doute qu’il n’est pas de taille à faire un tsar et qu’elle est certainement plus douée que lui à faire ce métier, et elle le fait assassiner.
  • Cette épouse, c’est CATHERINE II, CATHERINE LA GRANDE. Le règne de CATHERINE II (1762-1796) sera l’un des plus brillants de l’histoire de la Russie. Bien que prussienne, CATHERINE II est conquise par la France et les français. Elle correspond avec VOLTAIRE , qui l’appelle LA SEMIRAMIS DU NORD, D’ALEMBERT, DIDEROT, qui est reçu à la Cour. On dit même que Diderot se permettait de caresser les genoux de la Tsarine !
  • C’est DIDEROT qui recommande FALCONET à CATHERINE II, pour exécuter la célèbre statue de PIERRE LE GRAND : LE CAVALIER DE BRONZE.
  • Le classicisme français s’affirme dans l’architecture de MOSCOU, grâce à Nicolas LEGRAND et à deux architectes russes (Bajenov et Sterov) russes peut-être, mais qui ont fait leurs études à Paris.
  • Depuis le début de l’année 1760, l’influence de la culture française sur le développement des LUMIERES en Russie est énorme. Les idées de VOLTAIRE, ROUSSEAU, DIDEROT, HELVETIUS, MONTESQUIEU sont partout présentes.
  • N’est beau que ce qui vient de France ? Les nobles russes veulent des salons à la française, des pièces d’orfèvrerie, des porcelaines, des tapisseries, des étoffes, etc…
 

1789 - LA REVOLUTION FRANCAISE

Alexandre Ier
Alexandre Ier
  • CATHERINE II voit d’un mauvais oeil cette révolution. Elle décide d’étouffer ce qu’elle appelle « l’Hydre Jacobine ». Elle rompt toutes relations diplomatiques et commerciales avec la France. Elle accueille les émigrés royalistes qui sont très bien reçus par les nobles russes (on parle la même langue).
  • A la mort de CATHERINE II (1796), c’est son fils qui lui succède. Pas longtemps, puisqu’il sera assassiné. Et c’est son petit-fils qui va accéder au trône. Le petit-fils, c’est ALEXANDRE Ier (1801-1825). ALEXANDRE Ier est, lui aussi, élevé à la française, par un précepteur suisse. Sous son règne, la France est encore très présente en Russie. Il fait venir à SAINT-PETERSBOURG plusieurs troupes de théâtres parisiens. Une célèbre tragédienne parisienne, mademoiselle GEORGE, va rester 4 ans à SAINTPETERSBOURG. Mademoiselle GEORGE n’est pas une tragédienne quelconque ! Sociétaire de la Comédie Française, elle est sans rivale à Paris où elle obtient des triomphes. Elle était aussi la maîtresse de Bonaparte, Ier consul.
  • Quand Alexandre DUMAS lui demande :
  • -" Comment Napoléon vous a-t-il quittée ? "
  • Elle répond : - " il m’a quittée pour se faire empereur !"
  • En Russie, c’est une idole et elle est comblée de présents.
  • Le règne d’ALEXANDRE Ier, c’est aussi l’âge d’or de l’opéra français, avec BOIELDIEU . Invité en Russie, il est nommé Compositeur de la Cour. En architecture, THOMAS DE THOMON , architecte de la Cour Impériale, travaille toute sa vie en Russie. Il agrandit et embellit le théâtre Bolchoi-Kameny, à SAINT-PETERSBOURG ; Il construit la Bourse et les fameuses colonnes rostrales, devant la Bourse, devenues le symbole de SAINT-PETERSBOURG, et nombre d’hôtels particuliers. Un autre architecte :
  • Auguste Ricard de MONFERRAND , va rester 41 ans en Russie. Son chef-d’oeuvre est la Cathédrale Saint Isaac, à SAINT PETERSBOURG. Il réalise en outre la colonne triomphale d’Alexandre et la Statue équestre de Nicolas Ier. C’est encore un français, le marquis de TRAVERSAY , officier de marine, persécuté par les révolutionnaires, qui émigre en Russie, promu Amiral de la Marine Russe, puis, en 1809, il est nommé Ministre de la Marine Impériale de Russie . Il est chargé d’améliorer la
  • construction navale et la défense des côtes de la Baltique.

Pouchkine
Pouchkine
POUCHKINE
  • Pouchkine est russe, bien sûr . Mais lui aussi est imbibé de culture française. Pour preuve : ses camarades de lycée le surnomment « le français »
  • Il écrit ses poèmes aussi bien en français qu’en russe. Sa carte de visite est écrite en français. Voici comment il se décrit, dans un poème en français : Mon portrait, cliquer ici
  • En 1820, Pouchkine est exilé à Odessa, par ordre du tsar, pour des poèmes jugés séditieux. Odessa n’est pas la Sibérie !
  • C’est la perle de la mer Noire, avec son climat tempéré, et ses vastes plages.
  • Pouchkine écrit :
  • " On y parle français, il y a des journaux et des magazines européens à lire "
  • Et pour cause ! C’est un français, le duc de Richelieu, arrière petit-neveu du cardinal, qui est considéré comme le père fondateur d’Odessa. Emigré en Russie à la révolution, il est nommé gouverneur de la ville par Alexandre Ier. D’un petit village, il en fait la capitale de la province (Nouvelle Russie / Crimée). Encore aujourd’hui, les habitants se souviennent avec gratitude de ce premier gouverneur. On l’appelle tout simplement le duc. En souvenir du duc de Richelieu, voici quelques lieux qui portaient ou portent encore son nom :
  • Rue Richelieu, Lycée Richelieu ,Grand Théâtre Richelieu , Jardin du duc, Cinéma « le duc en or », Festival international « le duc en or », Champagne d’Odessa « le duc », Cognac d’Odessa « le duc »
  • Sa statue est érigée en haut de l’escalier monumental qui domine le port. Avant de s’appeler escalier Potemkine, cet escalier s’appelait escalier Richelieu.
  • Un écrivain russe (Isaac Babel) né à Odessa dira : " Odessa, c’est notre Marseille à nous ".
  • Odessa est d’ailleurs jumelée avec Marseille.
  • Pour en revenir à Pouchkine, il aurait du se méfier un peu plus des français. Car c’est par un français qu’il a été tué en duel (à 37 ans). Un duel provoqué par Pouchkine qui accusait son adversaire de vouloir séduire sa femme. Il faut dire qu’il lui était difficile de faire autrement. Pouchkine et ses amis avaient reçu une lettre (anonyme bien sûr), écrite en majuscules et en français outrageuse pour son honneur et celui de son épouse. Voici cette lettre :
" Les grands-croix, commandeurs et chevaliers du Sérénissime Ordre des Cocus réunis en grand chapitre sous la présidence du vénérable  grand maître de l'ordre, S.E. D.I. Narychkine ont nommé à l'unanimité : M. Alexandre Pouchkine coadjuteur du grand maître de l'ordre de Cocus et historiographe de l'ordre.
              Le secrétaire perpétuel : comte J. Borch. "

Tolstoï
Tolstoï
  • Le règne d’Alexandre Ier, c’est aussi l’invasion de la Russie par Napoléon et l’incendie de Moscou ordonné par son gouverneur, le Général Comte Rostopchine. Qui s’insurge de l’usage du français par l’aristocratie. Il écrit :
  • « La langue française est la peste morale du genre humain et, comme exprès, on cherche à l’introduire partout »
  • Rostopchine est pourtant bien content de la connaître, cette langue, car, craignant les représailles des moscovites qui n’ont peut-être pas apprécié l’incendie de leurs maisons , il vient se réfugier un certain temps en France avant de retourner en Russie (mais pas à Moscou !) . Le Général Rostopchine est le père de la Comtesse de Ségur.
  • Pendant la campagne de Russie, les autrichiens et les prussiens sont associés aux russes.
  • Comment font les Etats-Majors pour se comprendre ? Ils communiquent en français, bien entendu. Si bien que tous les ennemis parlent la même langue ! A propos de cette campagne, Tolstoï en a fait le sujet de son livre
  • " GUERRE ET PAIX ". Quand on a demandé à Tolstoï pourquoi il avait fait parler en français les personnages nobles
  • dans le texte original, il répond :
"  Quand on me reproche d’avoir fait parler et écrire en français des personnages russes, je pense à un homme qui ne verrait dans les ombres figurées sur un tableau que des taches noires, qu’y peut le peintre ? "
Explication : les aristocrates russes parlaient français, qu’y puis-je ?

Nicolas I°
Nicolas I°
  • ALEXANDRE Ier meurt à 47 ans (1825) Et c’est son frère cadet qui lui succède : NICOLAS Ier (1825-1855)
  • C’est un tsar autocrate et conservateur. Pour nous, il faut retenir que c’est un admirateur du théâtre français.
  • Il fait construire le THEATRE MICHEL , à Saint-Petersbourg, pour y faire jouer des pièces en français. Ces pièces y seront jouées jusqu’en 1918. Des auteurs comme Victor Hugo, Musset, Alexandre Dumas, Molière, etc …
  • Des acteurs comme Lucien Guitry, Sarah Bernhard, Rachel etc…
  • On y joue aussi les opérettes d’Offenbach. On y entend Hortense Schneider dans La Péricole et la Belle Hélène.
 
Passons ALEXANDRE II (1855-1881)
Qui a plutôt des idées germanophiles. Notons quand même que c’est à son époque que Marius PETIPA est nommé maître de Ballet et créateur de Ballets au théâtre Marinsky.

Alexandre III
Alexandre III
  • Après l'assassinat d'Alexandre par des révolutionnaires, c’est son fils qui lui succède :ALEXANDRE III (1881-1894)
  • .Alexandre III veut se rapprocher de la France. Il a besoin de ses capitaux pour financer le début de l’industrie russe.
  • L’alliance franco-russe est signée à Paris en 1893. Le pont Alexandre III en est le symbole.
  • A la fin du 19e siècle, l’éclat de la culture française est tel que le français est devenu langue officielle de la Cour. Dans les rues de Moscou et de Saint-Petersbourg, il y a des panneaux en français et le nom des rues est inscrit en français.
  • Nous en arrivons au dernier tsar régnant en Russie : Nicolas II.

NICOLAS II (1895-1917)

Nicolas II
Nicolas II

Il parle admirablement le français

Pour entendre son discours prononcé à Paris en 1902 cliquer ici
  • La France participe pour beaucoup à l’industrialisation de la Russie. D’abord par les fameux emprunts russes (non reconnus par l’U.R.S.S. et qui ont ruiné bien des épargnants français), Puis par les sociétés qui s’y installent (près de 300) Elles contrôlent 60% de la production de houille et 80% de celle de coke (charbon). La France aide aussi l’armée russe à se moderniser (toujours l’alliance franco-russe). Les meubles et les vêtements viennent de Paris. Les cuisiniers, français évidemment, inventent des plats pour leurs maîtres : boeuf Orlov, boeuf Strogonoff. Pour le tsar, on crée la salade russe. Le champagne coule à flot (veuve Clicquot/Ruinard).
  • Parmi les fournisseurs de sa Majesté Impériale, les maisons : Cartier, Guerlain, Hermes, Vuiton, Lalique. La Manufacture de Sèvres fournit les services de table. A Baccarat, un four est uniquement réservé pour les commandes de la Cour de Russie : lustres, fontaines, candélabres, services de verres. Très important avec la coutume de jeter les verres après les toasts portés à la santé du tsar (personne ne devant plus utiliser un verre ayant servi au tsar ou en son honneur).
  • Tout le monde (ou presque) sait que RASPOUTINE était considéré comme un saint par la tsarine (Alexandra) parcequ’il réussissait à guérir son fils ALEXIS, hémophile. Ce qu’on sait moins, c’est qu’avant Raspoutine, il y a eu un autre guérisseur à la Cour de Russie : un français, un savoyard, Monsieur Philippe. Pendant son séjour à la Cour, le tsar le nomme médecin de l’armée russe avec rang de général.
  • Tout naturellement, les russes sont attirés par le pays dont ils apprécient la culture.
  • A la fin du 19e siècle, la tsarine ALEXANDRA, veuve du tsar NICOLAS Ier, adopte NICE où elle fait de nombreux séjours. Elle y retrouve de nombreuses familles russes qui y ont leurs villas.

Nicolas II et sa famille
Nicolas II et sa famille
  • A la fin du 19e siècle, la tsarine ALEXANDRA, veuve du tsar NICOLAS Ier, adopte NICE où elle fait de nombreux séjours. Elle y retrouve de nombreuses familles russes qui y ont leurs villas. En hommage à cette souveraine, la route de la corniche, entre Villefranche et Nice, s’appelle route de l’Impératrice.
  • L’Impératrice suivante, la femme de ALEXANDRE II adopte, elle aussi, NICE.
  • Quant à la veuve de ALEXANDRE III, elle préfère MENTON et BIARRITZ.
  • La Grande Duchesse ANASTASIA préfère, elle, CANNES , où elle revient chaque année.
  • Un fils (illégitime) du tsar, fait ses études à PARIS, au lycée Condorcet.
  • Quand on interroge le grand duc NICOLAS sur son goût pour la France, il répond :
" Dès l’âge de 12 ans, j’ai toujours eu deux passions : ce sont les français et les papillons. Ma mère m’a élevé dans l’amour de la langue française et je la préfère à toute autre. "
  • Sa mère est la tsarine ALEXANDRA, femme de NICOLAS Ier, celle de la route de l’Impératrice. Les grands-ducs et grandes-duchesses ont des villas ou hôtels particuliers à Antibes, Biarritz, Boulogne, Cannes, Contrexeville, Fontainebleau, Menton, Nice, Paris. Certains y ont leurs sépultures.
  • L’argent coule à flot. Les princes de la Maison Impériale adorent venir à PARIS pour y faire la fête : Théâtres, cabarets, restaurants, soirées mondaines.. C’est de là que vient l’expression :"  faire la tournée des grands-ducs ".

LA REVOLUTION RUSSE de 1917.

Comtesse Brasov
Comtesse Brasov
  • Tout va basculer.
  • En Russie, on assassine sans retenue : la famille impériale (1918), les nobles, les généraux, les officiers blancs (tsaristes), les intellectuels qui ne sont pas dans la mouvance , et même ceux qui y sont mais n’appartiennent pas au parti au pouvoir. La plupart des russes qui ont pu échapper au carnage viennent tout naturellement se réfugier en France dont ils connaissent la langue et la culture. Les ressources des riches s’amenuisent rapidement et telle comtesse qui vend son hôtel particulier pour un appartement se retrouve finalement dans une chambre de bonne (comtesse Brassov). Il faut vendre les châteaux, les hôtels particuliers, les bijoux que l’on a pu cacher dans les ourlets des robes. De nombreux exilés arrivent sans rien, déjà heureux d’avoir pu sauver leur vie.
  • A Paris, on va trouver des princes chauffeurs de taxi, restaurateurs ou portiers de cabaret, des comtesses vendeuses de fleurs dans les cabarets ou les restaurants, des généraux simples manoeuvres dans les usines.

Coco Chanel
Coco Chanel
  • Une petite anecdote plus amusante :
  • En 1920, le grand-duc Dimitri, cousin du tsar Nicolas II, fait la connaissance de Coco Chanel et en tombe amoureux. C’est réciproque et leur passion va durer plusieurs années, jusqu’au mariage de Dimitri avec une riche américaine, ce qui rend Coco Chanel furieuse. Le grand-duc n’a sûrement pas eu beaucoup de mal à séduire mademoiselle Chanel car voici ce qu’elle écrit :
" Tout occidental doit avoir succombé au « charme slave » pour savoir ce que c’est. Tous les slaves sont distingués, naturels, et les plus humbles ne sont jamais communs."
  • Donc, en 1920, Coco Chanel vient d’acheter une petite Rolls bleue et elle propose à Dimitri de partir à Monte-Carlo. Au cours de leur voyage, Dimitri décide d’aller à GRASSE pour présenter Ernest Beaux à Coco Chanel. Ernest Beaux, un des meilleurs parfumeur au monde, était le parfumeur de la Cour de Russie. C’était là que le grand-duc Dimitri l’a connu. Après la révolution, il est venu s’établir à Grasse. Ernest Beaux présente à Coco Chanel quelques échantillons dans des petites fioles avec des
  • étiquettes : n° 1, n°2. n° 3, n°4, n°5. et c’est la cinquième fiole qu’elle choisit. Elle décide de garder le numéro de l’étiquette et c’est ainsi qu’est né le N° 5 de Channel.
  • Le grand-duc Dimitri a dessiné le flacon en s’inspirant des flasques de vodka que tout officier emportait avec lui. C’est donc à un grand-duc russe que vous devez, Mesdames, le fameux N°5 de Chanel !

Ker Agonid
Ker Agonid
  • Un peu plus tard, en 1924, la Cour Impériale de Russie se reconstitue. Où çà ? En France bien sûr ! Pas loin de chez nous, de l’autre côté de la baie du Mont Saint Michel, à Saint Briac, près de Dinard. A la villa KER AGONID .( Victoria, nièce d’Alexandre III, mère du dernier tsarevitch, Wladimir. Mariée au grand-duc Cyrille)
  • A l’occasion des 16 ans du grand-duc Wladimir, âge légal pour accéder au trône de Russie, un banquet est organisé à Dinard, à l’hôtel LE GALLIC, (qui existe toujours – Syndicat d’initiative). C’est à SAINT BRIAC, à KER AGONID, que vont demeurer quatre générations d’héritiers du trône de Russie. Le dernier, le grand-duc Wladimir y séjournera jusqu’en 1991, date de son retour en Russie. Le mariage civil de la princesse Maria, fille du tsarévitch Wladimir, aura lieu à Dinard, en 1976. Le maire de Dinard est alors Yvon Bourges .
  • Cette princesse, Maria, héritière du trône, très attachée à la France, y revient chaque année. KER AGONID a été vendue, mais le chemin qui y mène s’appelle « chemin du grand-duc ».
  • Le tsar NICOLAS II a été réhabilité par le gouvernement russe. Lui et sa famille assassinés reposent maintenant dans la cathédrale Pierre et Paul à Saint-Petersbourg. Ils ont été canonisés en 2000 par l’Eglise orthodoxe , considérés comme martyrs.
  • Après la chute de l’Empire soviétique, des russes viennent à nouveau en France attirés par les stations de ski ou la Côte d’Azur, où, comme les grands-ducs du temps passé, ils dépensent sans compter.

Textes : Georges Kossorotoff
Mise en ligne : Roberte Nourrigat

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