L'art au ras du sol ou les tribulations d'un escargot

Conférence par Georges Kossorotoff


Georges Kossorotoff a dirigé « LA MAISON DE L’ESCARGOT » de  1961 à 1997.
Sous sa direction, cette maison  a eu les honneurs des journaux du monde entier,  de radios, de télévisions  (France, Australie, U.S.A, Angleterre, Japon, …etc)
Le bien connu journaliste gastronomique JEAN LUC PETITRENAUD  a écrit dans LE FIGARO :
« Du gentil gastéropode, Georges Kossorotoff sait toutes les histoires et les fables ».
Ce sont ces histoires, ces fables et les multiples facettes de l’escargot qui vont vous être racontées, au cours de cette soirée.
 
Qu’est-ce  qu’un escargot ?
C’est un mollusque, hélicidé, gastéropode, stylommatophore et hermaphrodite.
MOLLUSQUE :
C'est-à-dire qu’il est mou, sans squelette. Entièrement mou ? Pas tout à fait : car il possède dans son corps mou un  petit aiguillon, un petit dard dont on verra plus tard l’utilité.

Qu’est-ce  qu’un escargot ?
C’est un mollusque, hélicidé, gastéropode, stylommatophore et hermaphrodite.
MOLLUSQUE :
C'est-à-dire qu’il est mou, sans squelette. Entièrement mou ? Pas tout à fait : car il possède dans son corps mou un  petit aiguillon, un petit dard dont on verra plus tard l’utilité.

GASTEROPODE :
Il marche ventre à terre. Quand il sort de l’hibernation, au printemps , on l’appelle : coureur.
D’ailleurs, il existe,  à LAGARDERE, dans le Gers, un championnat du monde de vitesse d’escargot. C’est une compétition internationale qui existe depuis plus de 40 ans et qui rassemble des concurrents venus de l’Europe entière. Le record à battre est de 25 cm à la minute.
 
Pour pouvoir se déplacer, l’escargot secrète un mucus, mi lubrifiant, mi colle qui lui permet d’avancer aussi bien à l’horizontale qu’à la verticale.
Ce mucus laisse une trace argentée derrière l’escargot, ce qui nous vaut cette superbe citation de Jorge Carrera ANDRADE ,poète équatorien :
Escargot : minime ruban métrique
Avec quoi Dieu mesure la campagne.
 
Malgré  ce mucus, l’escargot préfère se promener sur un sol humide.
Après une pluie, c’est parfait.
Comme le dit si bien Robert   DESNOS :
Est-ce que le temps est beau ?
Se demandait l’escargot.
Car, pour moi, s’il faisait beau
C’est qu’il ferait vilain temps.
J’aime qu’il tombe de l’eau,
Voilà mon tempérament.

L'art au ras du sol ou les tribulations d'un escargot
Après la pluie, l’escargot est libre de se promener où il veut. Enfin pas tout à fait : …  à Lisbonne, par exemple, certaines rues lui sont interdites.
 
STYLOMMATOPHORE :
Parce qu’il a les yeux au bout des grands tentacules. Mais il y voit très mal, et seulement à quelques millimètres.
Et voici pourquoi 
C’est un mythe Salish (indiens d’Amérique du nord et Canada) qui nous l’explique :
  Lors de la guerre pour la conquête du feu, les animaux organisent une expédition au ciel.
Il fallait prendre la chaîne des flèches pour atteindre la voute. Seul, le plus petit des oiseaux, le troglodyte, y parvint, guidé par l’escargot, qui avait alors une vue perçante..
Mais l’orfraie lui demanda à emprunter ses yeux, et, comme elle les trouva excellents, elle  les garda.
 Depuis ce temps, l’orfraie jouit d’une vue excellente et l’escargot est aveugle.
 
Et c’est aussi pour ça qu’un vieux proverbe espagnol nous explique :
« Le mari trompé est comme l’escargot,
Il n’a d’yeux qu’après les cornes. »

HELICIDE :
Il possède une coquille en forme d‘hélice.
Mais qu’y a-t-il entre les pyramides, Notre-Dame de Paris, et l’escargot ?
Tout  simplement, comme les pyramides et Notre-Dame de Paris, la construction de sa coquille est basée sur le nombre d’or, qui représente la proportion idéale, la divine proportion, comme l’écrit Léonard de Vinci.
On peut donc dire que la coquille de l’escargot est un petit chef-d’œuvre de la nature.
Cette coquille est fabriquée avec le calcaire que l’escargot assimile au cours de ses promenades, sur les pierres, les plâtres, etc …
La coquille lui sert d’abri contre le vent et le soleil qui dessèchent, les pluies d’orage qui fouettent . Et évidemment, d’abri pour hiberner de l’automne au printemps.
Pour  cette hibernation, l’escargot de Bourgogne (hélix pomatia Linné) fabrique un opercule en calcaire qui va fermer sa coquille, alors que le petit-gris (hélix aspersa Muller) se contente d’un voile plus léger, mais aussi efficace.
 
                Voici un petit poème de Suzanne Cramousse :
La Maison de l’escargot
Le matin, l’escargot gris
las de traîner son logis,
s’en va chercher un  maçon
pour construire une maison.
Il va trouver un pivert,
l’atelier n’est pas ouvert.
Il frappe chez le lièvre,
le lièvre a la fièvre.
Il sonne chez l’écureuil,
l’écureuil  a mal à l’œil.
Il s’en va chez le serpent,
le serpent a mal aux dents.
Tant pis ! dit l’escargot,
je garderai mon logis.

Enfin, il est HERMAPHRODITE :
C'est-à-dire qu’il possède à la fois les organes mâles et femelles.
C’est une délicate attention de la nature car s’il avait fallu qu’un escargot se mette à la recherche d’une escargote, qu’il lui fasse la cour, et que la dame soit consentante, cela aurait risqué de prendre un certain temps, et il n’est pas sûr que la race eût survécu jusqu’à nos jours.
Mais ici, c’est parfait, et le premier congénère  venu fait l’affaire.
La saison des amours se situe en mars et avril.
Ils se sont rencontrés en suivant les traces argentées.
Ils se sont plus.
Ils vont commencer par se caresser avec leur radula (la radula est une langue formée d’environ 20 000 petites dents, une vraie râpe !  puis ils s’excitent avec le petit dard que nous avons vu tout à l’heure : le seul corps dur dans un corps mou.
  Ensuite …
Voyons ce qu’en dit  VOLTAIRE, dans sa lettre au révérend père L’ESCARBOLIER :
« Les colimaçons sont assurément l’espèce la plus favorisée de la nature. Ils ont de doubles organes de plaisir. Chacun d’eux est pourvu d’une espèce de carquois blanc dont il lance des flèches amoureuses longues de trois à quatre lignes. Ils donnent et reçoivent  tour à tour ; leurs voluptés sont non seulement le double des nôtres, mais elles sont beaucoup plus durables.
Vous savez, mon révérend père, dans quel court espace de temps s’évanouit notre jouissance. Un moment la voit naître et mourir. Cela passe comme un éclair , et ne revient pas si souvent qu’on le dit, même chez les carmes.
Les colimaçons se pâment trois, quatre heures entières. C’est peu par rapport à l’éternité, mais c ‘est beaucoup par rapport à vous et moi »
Le carquois… Les flèches amoureuses ???
Eh bien, les grecs ont fait la même observation et se sont inspiré du dard de l’escargot pour équiper leur dieu EROS : un carquois et des flèches amoureuses.

L'art au ras du sol ou les tribulations d'un escargot
Maintenant, vous savez ce que c’est, un escargot.
Quand on parle escargot, on pense tout de suite à la gastronomie.
Bien sûr, il y a d’innombrables recettes. Chaque région de France a la sienne, quelque fois plusieurs :
Au beurre persillé, aillé, en sauce, en brochettes, au vin, en fricassée, en civet, en ragout, en soupe, en beignets, etc…
 
Les archéologues ont démontré que les escargots on t été consommés depuis la préhistoire. On retrouve des monticules de coquilles parmi les restes de repas, sur différents sites archéologiques. On les préparait alors grillés sur les braises.
Plus près de nous, au 4e siècle avant Jésus-Christ, Aristote nous apprend que les escargots étaient dégustés en hors d’œuvre. Il existait même une cuillère dont le manche était pointu, pour sortir l’escargot de sa coquille (cochlear).
A Rome, Pline rapporte que les romains étaient friands d’escargots et  Apicius, le cuisinier des empereurs Auguste et Tibère, nous donne sa recette :
                « Mets tes escargots dans du lait additionné de farine de froment et dès qu’ils son t gavés, fais les frire à l’huile ».
En Gaule romaine, c’est à la fin des desserts qu’ils sont servis.

Au 11e siècle, le Pape Grégoire VII déclare que la chair des escargots est maigre. Alors les moines s’empressent de parquer ces petites bêtes autour de leurs couvents pour pouvoir les déguster pendant le carême.
 
Pendant la révolution, dans les ports charentais, les marins embarquaient des tonneaux d’escargots, pour avoir de la chair fraîche pendant les traversées.


L'art au ras du sol ou les tribulations d'un escargot
C’est surtout en France, en Italie, en Allemagne que l’on consomme les escargots.
Au 17e siècle, on ne les voit plus guère sur les tables. Mais en 1814, Talleyrand doit recevoir le tsar Alexandre Ier. Il demande à son cuisinier, Anacréon, de concevoir un plat original pour honorer son invité. Anacréon réfléchit  longuement puis dit : des escargots ! Talleyrand est d’accord et Anacréon sert son plat avec une petite plaquette :
ESCARGOTS A LA BOUGIGNONNE (plat d’Anacréon)
Et c’est le retour des escargots sur toutes les tables des gastronomes.

Un petit poème de Gautron du Coudray, écrivain niversois (fin 19e)
 
Les escargots
C’est toi, cher escargot, que je veux célébrer
Mollusque délectable, honneur de la Bourgogne
Quand le four t’a doré, je le dis soans vergogne
Des capsules d’argent, j’aime à te retirer .
 
Le beurre, un peu jaunet, te sied et c’est merveille
Que ton parfum discret d’ail et de persil haché
On est de bonne humeur après t'avoir mâché
Et l’on trouve divin le fond de la bouteille.

 
Les amateurs d’escargots ont même fondé une confrérie :
La confrérie de l’escargot de Bourgogne, dont voici l’hymne :
 
HYMNE A L’ESCARGOT
(Paroles et musique de Guido Farini)
   
Refrain Escargot de notre Bourgogne
Nous jurons tous de bien te protéger
Afin de pouvoir sans vergogne
A notre table, plus tard te déguster.

 
1er couplet :Compagnons de l’escargot de Bourgogne,
Avec entrain  et sans désemparer,
Levant nos verres avec nos rouges trognes,
Au « cornardus » jurons fidélité.

 
2e couplet : Qu’il soit de Grèce, de Turquie, de Gascogne ;
Ou bien d’ailleurs, nous n’voulons pas changer ;
Il n’est que toi, escargot de Bourgogne,
Que tous ici, nous voulions honorer.


3e couplet Il faut qu’ici, personne se renfrogne,
Nous sommes là pour bien nous amuser,
Nous n’avons tous qu’une seule besogne,
A l’escargot, c’est de toujours penser.

Il n’y a pas que les bourguignons qui célèbrent l’escargot :
Il est fêté dans de nombreux villages :
 
  • à Osenbach (Haut Rhin) en mai.
  • à Bompas (Ariège) en juilet.
  • A Digoin (Saône et Loire), un petit village où plus de 10 000 personnes viennent lui rendre hommage.
Dan le pays niçois, à la Fête-Dieu, c’est la Procession aux limaces (localement escargot se dit : limaça) ; on dispose les coquilles d’escargot remplies d’huile et allumées sur le parcours de la procession.
Il en est de même en Corse, à SIGALE , où les coquilles sont remplies d’huile d’olive.
EN ITALIE :
à Meggiano,
à Molini di Triora.

En Espagne :
C’est à Lerida, en Catalogne, que plus de 200 000 personnes se retrouvent pour consommer plus de douze tonnes d’escargots.
 
Il y a aussi les grandes cargolades catalanes où les petit-gris, au lard et à l’ail, sont grillés sur un feu de bois.
Il en est de même en Charente.
 
Chez nous, en France, on imagine que les anglais dédaignent ce petit animal.
QUE NENNI !
En  1991 à HARROGATE, au centre de l’Angleterre, a eu lieu :
LE PREMIER FESTIVAL DE L’ESCARGOT DU ROYAUME UNI
In english
THE FIRST U.K. SNAIL FESTIVAL
J’ai eu l’honneur d’y être invité pour présider le jury qui devait noter les préparations à base d’escargots réalisés par les chefs cuisiniers anglais. Les escargots provenaient d’élevages en Angleterre.
 
Et c’est un anglais, William Kian Seymour, qui va clore ce chapitre sur la gastronomie :
 
L’escargot
 
D’argent cerclé d’azur, de veinules zébrées,
De noir, d’orange fauve et d’ambre clair tigrée,
Merveilleuse demeure où gîte l’escargot,
Sa fragile maison s’enroule sur son dos.
 
Parmi l’herbe jaunie où furtif il se glisse,
Et sur les tas croulants de sable où il se hisse,
Il laisse un trait d’argent lorsque, devant la nuit
Qui commence à tomber, le crépuscule fuit.
 
Il va droit son chemin, d’une antenne hésitante
S’obstinant gravement vers une herbe alléchante,

Se recroquevillant, quand un  lapin surgit,
Ou lorsque près de lui quelque renard glapit.
 
L’aube lui montre enfin une oasis de verdure,
Alors, bavant de joie, il mange sa pâture
Cerclé d’ambre et d’argent qu’un fond de bleu azure
Il perche en la ramée où la sève murmure !

 

L'art au ras du sol ou les tribulations d'un escargot
Maintenant, les symboliques de l’escargot :
Parce que l’escargot représente plusieurs symboles :
D’abord, s’enfermant dans sa coquille à l’automne pour en sortir au printemps, il représente la renaissance.
A la préhistoire, comme chez les romains, on  le trouve près des monuments funéraires. Pourquoi ?
Comme il s’enfouit sous terre pour hiberner, il rejoint le monde des ténèbres et, en sortant au printemps, il devient le messager de l’au-delà.
Sortant de sa coquille comme un  enfant du ventre de sa mère, il représente aussi la fertilité.
 
.Chez les berbères, la fertilité du sol est donnée par les morts, qui s’incarnent dans des masques ornés de coquilles d’escargots, portés au cours d’une cérémonie.
 
Dans l’ouest algérien, au solstice d’hiver, les âmes des morts chargées de féconder les épis montent de la terre et se manifestent au cours d’une mascarade dont le personnage principal est coiffé d’un turban noir orné de chapelets d’escargots .
 
Donc on voit que l’escargot est associé au renouveau de la végétation  et est fêté à cette occasion en de nombreux endroits
 
Le christianisme aussi reprend à son compte cette symbolique :
On y retrouve la mise en terre, l’hiver, puis la résurrection au printemps.
Comme l’écrit l’abbé Martigny (début 19e, spécialiste de l’église primitive) :
« La coquille est la tombe, demeure momentanée que l’homme doit abandonner un jour »
 
A Rome, on l’utilise comme amulette pour éloigner le mauvais sort et les fièvres.
 
En Afrique, il entre dans la composition de préparations magiques. Il est conseillé aux guerriers de manger des escargots pour égarer l’ennemi.
Restons en Afrique, voici un proverbe m'bédé (Afrique centrale)
« Tu vas à la chasse aux éléphants e tu rencontres un escargot, prends-le »
 
L’escargot, on le retrouve aussi dans l’architecture, la sculpture, la peinture, la poésie, la chanson.

Qui ne connait l’escalier en colimaçon ?
L’escalier de l’escargot est célèbre à Venise, dans le Palais Contari deï Bovolo.
A Jakarta (Indonésie), le théâtre, bâti en hélice, s’appelle « l’escargot d’or ».
A Abu Dhabi (émirat du golfe persique) c’est un hôtel qui prend la forme d’une coquille enroulée.
Au Mexique, au Yucatan, l’observatoire d’époque maya s’appelle « l’escargot ».
Toujours au Mexique, à Ateotihuacan (la ville des dieux), près des pyramides du soleil et de la lune, se trouve le temple des escargots à plumes.
Au sujet de ces pyramides, voici une légende aztèque qui nous explique pourquoi elles se nomment ainsi :
            Le soleil vient de disparaître et les dieux se demandent qui va le ramener sur la terre.
            C’est le seigneur des escargot, célèbre pour sa force et sa beauté qui dit :
            « Je serai le soleil ! »
            Qui d’autre ?
            Personne.
            Alors les dieux désignent un  petit dieu tout malingre et disgracieux et lui disent :
            « Toi »
Le seigneur des escargots et le petit dieu se retirent dans les montagnes pour méditer, le  seigneur des escargots sur la pyramide qui s’appelle maintenant la lune, le petit dieu sur l’autre : le soleil.
Pendant ce temps, les dieux forment un  immense bûcher et demandent aux deux concurrents de le traverser.
Le petit dieu s’élance  et s’élève, incandescent, dans le ciel.
Le seigneur des escargots avance, recule, hésite, si bien que les dieux sont furieux, ils le giflent, le frappent, si bien qu’il perd tout son éclat, et enfin  ils le poussent dans le bûcher.
Et c’est ainsi  que le petit dieu devint le soleil et le seigneur des escargots, tout terne, devint la lune.
Les taches que l’on voit sur la lune sont les cicatrices des coups reçus.
La montagne sur laquelle a médité le petit dieu s’appelle la pyramide du soleil,
Celle où s’est retiré le seigneur des escargot : la pyramide de la lune.
 
On peut aussi citer des villages en forme d’escargot enroulés autour de leur église, comme Ramatuelle, dans le Var
Saint Pargoire, dans l’Hérault, dont le totem est un escargot.
Pourquoi un escargot ?
C’est toute une histoire ….. que voici :
Nous sommes au 18e siècle. C’est la famine dans le village.
Plus rien à manger.
Un soir, les habitants entendent un orage éclater au loin.
Ils prient pour qu’il vienne sur leur village. Ils sont exaucés et la pluie tombe en abondance sur le village.
A la fin de l’orage, tout le monde se précipite dans les bois avec des sacs, des paniers et ramasse assez d’escargots pour se nourrir pendant plusieurs semaines.
Et c’est ainsi, qu’en remerciement, l’escargot est devenu le totem de Saint Pargoire et y est honoré chaque année.
 

Place à Namur
Place à Namur
En sculpture, les escargots ne sont pas oubliés. On les trouve souvent dans les églises, sur les chapiteaux, les fresques, sur les stalles, les liteaux.
A Evreux, à l’église Saint Taurin, c’est un bénitier qui est en forme d’escargot.
A Troyes, église Saint Remi, à gauche du portail, se trouve le célèbre escargot à tête de chien
 
Le gnome à l’escargot date de la renaissance et est attribué à un  artiste florentin.
 
Les habitants de Namur, en Belgique, sont réputés être lents. Les namurois le prennent avec humour et voue leu ville à l’escargot comme le montre cette sculpture sur une place de Namur.
 

Le Corbusier :"Escargot Nemo"
Le Corbusier :"Escargot Nemo"
Victor CHEMIN, au 19e siècle, a réalisé ce bouledogue jouant avec un escargot.
 
Le célèbre verrier Emile GALLE (1884) a créé cette coupe qu’il a appelé « l’escargot des vignes »
 
L’architecte LE CORBUSIER (1954) crée cette lampe qu’il appelle « escargot  Nemo »
Mais c’est dans les œuvres de Salvador DALI qu’il est le plus présent.
DALI est fasciné par l’escargot. A la mort de GALA, sa compagne, en 1982, il dira : »je suis un escargot ».
En 1974, DALI vient de rencontrer FREUD, le célèbre psychanaliste, et il compare son crâne à un escargot. Il ajoute :
« Si on veut manger a pensée, il faut la sortir avec une aiguille, sinon elle casse et il  n’y a rien à faire »
Il dit aussi :
« Aujourd’hui, où j’évoque la mort de FREUD, j’ajouterai d’ailleurs que l’escargot de Bourgogne, hors de sa coquille, est une des choses qui ressemble de la façon la plus paralysante à un tableau du Gréco. Aussi le Gréco et l’escargot de Bourgogne sont-ils deux choses qui n’ont aucun goût propre. En revanche, ils possèdent et nous offrent cette rarissime vertu quasi miraculeuse de mimétisme gustatif transcendant ».

Salvador Dali : "Nu au seins escargot"
Salvador Dali : "Nu au seins escargot"
Et c’est Salvador DALI qui va faire la liaison entre la sculpture (l’escargot et l’ange) et la peinture puisqu’on retrouve l’escargot dans ses tableaux.
 

Miro : "femme étoile escargot"
Miro : "femme étoile escargot"
Sculpteur, peintre, DALI est également verrier.
Il a collaboré de nombreuses années avec le maître verrier DAUM.
En voici une œuvre : » L’important, c’est la rose »
D’autre artistes contemporains ont aussi immortalisé l’escargot dans leurs œuvres :
POMPON (début 20e) sculpteur animalier.
CHACHKINE
MIRO (1983) « Fleur, femme, étoile, escargot »
MATISSE (1952) « L’escargot »
VON CASSEL ;   Dans un musée de Bruxelles, on trouve l’escargot juché
sur un chou.

L'art au ras du sol ou les tribulations d'un escargot
Bernard PALISSY , lui non plus, ne l’a pas oublié.  
En remontant le temps, au 17e siècle, Abraham MIGNON a peint une œuvre qui s’intitule : « fleur dans une carafe de cristal avec une branche de pois et un escargot ».
Au moyen-âge, l’escargot se niche dans les enluminures, comme celles-ci :
Voici une gravure qui représente la couardise : un  chevalier qui attaque un escargot !
  Et une peinture anonyme du moyen âge    

Francesco del Cosa
Francesco del Cosa
L’escargot n’est pas oublié » dans les peintures religieuses 
 
 Il ne faut pas oublier sa symbolique : la résurrection au printemps après la mort en hiver.
 
Sur un tableau de Francesco del COSSA, « L’Annonciation » (15e), on y trouve un escargot, et ce n’est pas par hasard.

D’après Daniel ARASSE, historien et théoricien de l’art, l’escargot n’est pas dans le tableau, mais sur le tableau  .
 
L’escargot est un symbole de résurrection, mais c’est aussi un symbole de virginité, car, à l’époque ,
On croyait que les escargots étaient fertilisés par la rosée du ciel.
 
 

L'art au ras du sol ou les tribulations d'un escargot
Après la symbolique, passons à quelque chose de plus concret :
 
Voici les armes de LE NOTRE, le jardinier de Versailles  
De sable à un chevron d’or accompagné de 3             
Escargots d’argent.                            :                                
 

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Aux Etats-Unis, en 1860, l’Oncle Sam est   caricaturé par Thomas NAAT avec ce titre : 

                         « La vitesse de l’éclair de l’honnêteté »






 

Les écrivains, eux non plus, n’ont pas oublié notre gastéropode :
ESOPE, dans sa fable : L’enfant d’un laboureur grillait des escargots.
                                        En les entendant crépiter, il dit
                                      -« misérables bêtes, vos maisons brûlent et vous chantez ! »
                                      Cette fable montre que tout ce qui est fait à contre temps est répréensible.
 
LA FONTAINE : Le héron qui doit se contenter d’un limaçon.
ANDERSEN : dans son conte : »Le rosier et l’escargot »
 
Voici quelques extraits de poèmes :
MONSELET (19e) : « Le dernier voyage de la cagouille »
Viens, je veux te saisir
Brulant entre mes doigts
Avec les précieux égards
Que je te dois.
Mon appétit robuste
Au voyage t’invite
Pour mieux fuir le regret
Du vignoble doré
Et e crois que jamais
Tu n’as couru si vite
GUISEPPE GUISTI (19E) : »L’escargot » 1er couplet
Célébrons l’escargot
Célébrons l’animal
Qui malgré son mérite
A su rester modeste
C’est lui, j’en suis bien sûr,
Qui a donné l’idée
Au savant astronome
De son long télescope
Ainsi qu’à l’architecte
De l’escalier tournant,
Célébrons l’escargot
C’est un  brave animal.
MISTRAL  a chanté l’escargot en provençal.
ERNEST PEROCHON (1935) en a fait une chanson : « La chanson du limaçon »
Où vas-tu camarade ?
Dans cette direction,
Voleur de mes salades
Demande-moi pardon.
 
D’une fierté sans bornes
Hardi comme un dragon
Il me tira les cornes
Et me répondit non.
BORIS VIAN :
Les escargots, les larmes aux yeux
Silencieux rentrent chez eux
Les salsifis sont déconfits
Au riz confient tous leurs soucis
Les fraises des bois noient leur chagrin
Dans le kirch et le romarin
Et la scarole à l’huile d’olive
A pris la pâleur de l’endive.
Et bien d’autres encore …
 

Côté musique, HAYDN a composé un canon chromatique intitulé « L’escargot » dont voici les paroles :
Un escargot sans peur
Grimpait la rude
Pente d’un fraisier
Il va tout doucement
Il peine et va tomber
Encore un rude effort
Victoire ! il est monté
Tra la la
Canons tonnez
Sonnez trompettes
Le monde est à ses pieds
Il est monté !
 
A la belle époque, on a joué, à l’ELDORADO, une opérette de ADELI et BARRE « L’escargot’.
Et puis, il y a toutes les comptines enfantines :
Escargot de Bourgogne
Montre-moi tes cornes …
 
 

Quand vous avez mal à la gorge, que vous prescrit le médecin ?
De l’HELICIDINE en général.
L’ hélicidine est tiré de l’escargot !
Dans l’antiquité, l’escargot est recommandé pour guérir divers maux .
PLINE rapporte que :
«  les écrouelles des femmes se guérissent à l’aide de vieux limaçons très desséchés et pelés. »
Les petits grains sablonneux des cornes dissipent à l’instant les rages de dents.
Il est également très bon pour soigner les maux d’estomac, les évanouissements et les toux.
La cendre des limaçons cuits en tisane guérit les maux de côté.
Il est bon aussi pour lutter contre l’épilepsie en frottant le malade avec des cendres d’escargot.
Il guérit les plaies.
HIPPOCRATE recommande le mucus d’escargot contre la protocèle (hernie du rectum).
CELSE,  médecin romain (début de notre ère) recommande l’escargot cru et pilé avec sa coquille comme cicatrisant..
Au 17e siècle, NICOLAS LEMERY, médecin et apothicaire, dans son ouvrage « La pharmacopée universelle », nous indique la façon de préparer l’eau de limaçon pour guérir les rougeurs de la peau, la phtisie et les crachements de sang.

 

 Au milieu du 19e s. Le docteur DE LAMARE guérit la phtisie pulmonaire  avec l’hélicidine . OSCAR FIGUIER, dans son mémoire sur la composition chimique de l’escargot, décrit diverses formes de préparation : sucre, tablettes, sirop, chocolat d’escargot, pour lutter contre les rhumes et les irritations de la poitrine.
On prescrira  la pommade d’escargot contre les gerçures . Ambroise PARE préconise l’escargot
contre l’anthrax.
Pendant la guerre de 14-18, la bave d’escargot sur une plaie évitait l’infection par les microbes et, ainsi, la gangrène.
Le célèbre chanteur d’opéra CARUSO avalait des escargots crus avant chaque concert.
La médecine actuelle confirme les vertus thérapeutiques de l’escargot. Outre l’hélicidine, o étudie actuellement son rôle comme indicateur pour certains cancers            .
D’autre part, vu l’importance de l’escargot dans l’alimentation des crétois, on se demande si ce n’est pas grâce à lui que le taux de mortalité par AVC est si réduit en Crète (les escargots se nourrissant de pourpier, riche en acide alphalinolénique, protecteur contre les maladies cardiovasculaires).
Les chercheurs continuent leurs études et pensent que l’escargot n’a pas fini de nous révéler toutes ses propriétés.
Le mucus de l’escargot contient de l’allantoïne, qui accélère la cicatrisation de la peau et la régénération  des cellules.
Ces propriétés, réparatrices et régénérantes, sont maintenant  utilisées en cosmétique. On trouve des crèmes de soin à base de bave d’escargots sous différentes marques : ELICINA, HELICREME, INKA, BAARA, entre autres.
 

L'art au ras du sol ou les tribulations d'un escargot
Et pour terminer avec cet escargot qui n’en finit pas de nous étonner, voilà que des chercheurs israéliens  et américains viennent de découvrir que l’escargot vivant produisait de l’électricité (quelques microwatts : 7 environ sous une tension de 0,53v.).
 
Et voici maintenant, pour terminer en beauté, le très joli poème de PREVERT : Chanson des escargots: qui vont à l’enterrement d’une feuille morte.
A l’enterrement d’une feuille morte
Deux escargots s’en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s’en vont dans le soir
Un très beau soir d’automne
Hélas quand ils arrivent
C’est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressuscitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voilà le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez, prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un  verre de bière
Si le cœur vous en dit
Prenez si ça vous plait
L’autocar pour Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C’est moi qui vous le dit
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C’est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent à chanter
A chanter à tue-tête
La vraie chanson vivante
La chanson de l’été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C’est un très joli soir
Un joli soir d’été
Et les deux escargots
S’en retournent chez eux
Ils s’en vont très émus
Ils s’en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un petit peu
Mais là-haut dans le ciel
La lune veille sur eux

 

L'art au ras du sol ou les tribulations d'un escargot
Texte intégral de la conférence donnée par Georges Kossorotoff  espace Auriac à Saint Jean le Thomas en 2014.
Illustrations : Georges Kossorotoff
Mise en ligne : Roberte Nourrigat
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