Conférence sur Albert Camus à la bibliothèque de Saint Jean le Thomas

En 2010 pour honorer la mémoire d'Albert Camus décédé cinquante ans auparavant, les "Amis de la Bibliothèque" nous ont proposé une exposition qui rappelle le parcours de cet écrivain engagé. De plus le 22 juillet une conférence à deux voix : celle d'un grand père et son petit fils a entremêlé habilement sa vie et des extraits de ses oeuvres.
Cette conférence a été suivie par un autre rendez-vous consacré à des lectures d'extraits de certains de ses livres.

Voici quelques extraits de cette conférence pour vous donner envie de lire ou relire Camus!


Les orateurs: Charles Lecellier et son petit fils Benoit (crédit photo Yannick Martin, la Gazette de la Manche)
Les orateurs: Charles Lecellier et son petit fils Benoit (crédit photo Yannick Martin, la Gazette de la Manche)
En 1913, il naît à Mondovi en Algérie dans le département de Constantine dans une famille modeste. Il est élevé "à la dure" par sa grand mère.

"Il y avait une fois une femme que la mort de son mari avait rendu pauvre avec deux enfants. Elle avait vécu chez sa mère, également pauvre, avec un frère infirme qui était ouvrier. Elle avait travaillé pour vivre, fait des ménages et avait remis l'éducation de ses enfants dans les mains de sa mère. Rude, orgueilleuse dominatrice, celle-ci les éleva à la dure."
Extrait de "L'Envers et l'Endroit"

 


Conférence sur Albert Camus à la bibliothèque de Saint Jean le Thomas
De 1918 à 1923, à l'école primaire, il reçoit l'enseignement d'un instituteur, Monsieur Germain dont il se souviendra toute sa vie, comme en témoigne cette lettre qu'il lui adresse en 1957 après avoir reçu le prix Nobel (Annexe du "Premier Homme" )
19 novembre 1957
Cher Monsieur Germain,
J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’en ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur. Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour

vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève.

Je vous embrasse de toutes mes forces.

Albert Camus

Conférence sur Albert Camus à la bibliothèque de Saint Jean le Thomas
Ce que je sais de la morale c'est au foot ball que je le dois.
 
Dans les années 30 il suit une classe de philosophie, découvre Nietzche – Malraux – Gide
Montherlant.

Il a d'importants problèmes de santé, ce qui ne l'empêche pas de se marier en 1934 et d'obtenir en 36 un diplôme d'études supérieures.

Il nous livre son impression sur la richesse dans la préface de " l’Envers et l’Endroit" – deuxième édition - 1958
Je rencontre parfois des gens qui vivent au milieu de fortunes que je ne peux même pas m’imaginer. Il me faut cependant un effort pour comprendre qu’on puisse envier ces fortunes. Pendant huit jours, il y a longtemps, j’ai vécu comblé des biens de ce monde : nous dormions sans toit, sur une plage, je me nourrissais de fruits et je passais la moitié de mes journées dans une eau déserte. J’ai appris à cette époque une vérité qui m’a poussé à recevoir les signes du confort, ou de l’installation, avec ironie, impatience, et quelque fois avec fureur. Bien que je vive maintenant sans le souci du lendemain, donc en privilégié, je ne sais pas posséder. Ce que j’ai, et qui m’est toujours offert sans que je l’aie recherché, je ne puis rien en garder. Moins par prodigalité il me semble que par une autre sorte de parcimonie : je suis avare de cette liberté qui disparaît dès que commence l’excès des biens. Le plus grand des luxes n’a jamais cessé de coïncider pour moi avec un certain dénuement. J’aime la maison nue des Arabes ou des Espagnols.
Le lieu où je préfère vivre et travailler (et, chose plus rare, où il me serait égal de mourir) est la chambre d’hôtel. Je n’ai jamais pu m’abandonner à ce qu’on appelle la vie d’intérieur (qui est si souvent le contraire de la vie intérieure) ; le bonheur dit bourgeois m’ennuie et m’effraie.

les auditeurs, (crédit photo Yannick Martin, la Gazette de la Manche)
les auditeurs, (crédit photo Yannick Martin, la Gazette de la Manche)
Rappelons qu'il a adhéré au P.C. puis en a démissionné en 1937, qu'il est devenu en 1938 journaliste à « Alger Républicain » , a milité contre la peine de mort.

Rappelons aussi ses écrits : romans et pièces de théâtre : Noces – le Mythe de Sisyphe - L'Etranger - Caligula - les Justes - La Peste - l’Homme révolté - La chute- l’Exil et le Royaume - le Premier Homme -
Retenons ses actions militantes, sa participation à " Combat", son soutien aux républicains espagnols et aux communistes grecs.


L'affiche
L'affiche



En 1960 il meurt dans un accident de voiture près de Sens, voiture qu'il n'aurai pas dû prendre puisqu'il avait déjà acheté son billet de train...

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Mise en ligne  Roberte Nourrigat
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